Première Dame

Sidération devant un article du Monde ce matin. Ce sont les vacances scolaires et j’ai suivi, avec un peu de culpabilité, la polémique autour du « rôle de Première Dame », parce que c’est comme cela qu’on dit, comme un feuilleton. Mais là, devant les lignes écrites, j’arrête de trouver ça drôle.

Ce qui me glace, c’est un adverbe : « Il ne s’agit donc pas d’un « emploi familial ». Mais de préciser la nature du rôle public que la femme ou compagne du président exerce inévitablement auprès de lui. »

Inévitablement.

Il est là, le point d’accroche, là, le présupposé qui fait de ce débat un échange saumâtre et voué au passé. Inévitablement. Inévitablement, je suis la meuf, je suis le mec du chef de l’état. Inévitablement, j’aurai un rôle public auprès de lui.

Inévitablement.

Je ne pourrai pas être juste plongeuse dans les mers d’Islande, fabricant de coucous, ou enseignante. Je serai prof en retraite ET Première Dame, agriculteur ET Premier Homme. « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre », ouais, ben c’est pas ce qu’ont décidé les ors poussiéreux de la Cinquième République.

Le débat est vicié, vicieux, pourri. Il ne s’agit pas, en fait, de légiférer pour l’avenir mais d’asseoir un peu plus une Cinquième République qui n’en finit plus de finir. Un statut de Première Dame, et envolée, les polémiques sur Mmes Giscard d’Estaing, Chirac et les autres ! On dépoussière le passé. On rafistole. Mais on élude encore et toujours la question essentiel : pourquoi cet adverbe ?

Pourquoi « inévitablement » ? Pourquoi considérer comme impossible, utopiste ou grotesque que Brigitte Macron ou toute personne qui partagera sa vie avec un Président français ne soit pas juste un conjoint, qui vit avec son conjoint dans un putain de logement de fonction, un point c’est tout ? Et qui se lève chaque matin, à l’horaire qui lui convient, pour arriver à son taf à l’heure ou à son occupation non rémunérée parce qu’ils ont compté, qu’ils sont larges dans le couple et que cette année, il, elle ne travaillera pas, et se mettra en dispo pour peaufiner la création de son atelier d’écriture ? Plus de Première Dame ou de Premier Monsieur, ça intéresserait vaguement les paparazzi et point barre.

À en écouter les débats, lire les journaux et écouter des experts politique, cette décision demanderait plus de courage que de réformer un code dont dépendent des millions de personnes. Peut-être parce que la politique n’a rien à faire là-dedans, assènera l’étymologie. Que ce débat est nul et non-avenu car il est une contradiction dans les termes. La politique qui s’applique, il faut, encore, toujours le rappeler, à gérer la vie de la cité. Et qui se transforme en la plus hideuse des gorgones dès qu’elle se penche sur les individus qui ne sont pas ses représentants.

Brigitte Macron ne gère par la vie de la cité, elle n’a pas été élue pour cela. Sa position ne lui confère aucun rôle, elle est donc protégée, en retour de la vie de la cité. Le mur est là, infranchissable, alors, putain, pourquoi ne l’acte-t-on pas une bonne fois pour toutes, ce putain de mur ?

La Première Dame n’existe que dans les pensées paresseuses. Les miennes, celles des bottins mondains et des fictions d’une Cinquième République qu’on aimerait un peu plus sexy qu’un outil de travail et de démocratie. Ouais, c’est moyen drôle, de gérer la cité.

Mais ça libèrerait. Des femmes, des hommes, des représentants, et la place du forum, pour le débat public.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s