She’s the Doctor

Doctor Who est l’une des choses que je préfère au monde. Pour plein de raisons :

D’abord parce que c’est passionnément narratif. Et qu’aujourd’hui, c’est rare, de plus en plus. Qu’une production dise juste « alors on dirait que… » Comme des mômes qui se racontent une histoire pendant que leurs parents discutent de trucs sérieux. De trucs d’adultes. Et nous, les mômes, on sort discrètement dans le jardin, derrière. Là, il y a tout un tas de trucs dont on n’a pas le droit de s’approcher. On récupère deux trois vieux objets, des bâtons, et on joue. Doctor Who est la seule série que je connaisse qui fasse ça. Juste, qui joue.
Ça ne l’exempt ni ne l’absout de ses multiples défauts. Mais ça le rend unique.

Ensuite, parce que c’est long. Terriblement. Doctor Who est une histoire de la télévision. À travers ses centaines d’épisodes, se dessinent des événements, grands et petits : c’est au sein de l’un de ses épisodes que se trouve un enregistrement des Beatles sur plateau, aujourd’hui détruit. Dans un autre, au trouve les brouillons de l’Alien de Ridley Scott. Et dans un dernier, les ombres de Margaret Thatcher au sein d’une dystopie en carton. Le personnage du Docteur visite l’Histoire et, à force, ses voyages sont devenus une immense frise chronologique du XXe et du XXIe siècles.

Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, le 16 juillet 2017, Doctor Who est plus Doctor Who que jamais. Parce que son nouvel interprète, le treizième, sera une femme.

« Alors on dirait que. » Alors on dirait que dans une histoire, une vraie histoire, une bonne histoire d’aventures, le genre du héros importe peu. Alors on dirait que les filles aussi ce sont des aventurières spatiales, des diplomates galactiques, des solitaires cosmiques. Féminité et masculinité sont des couleurs, et en aucun cas des obstacles.
Qu’on s’entende bien. Ça ne rendra pas Doctor Who meilleur. Ses défauts resteront les mêmes : ce sera, sans doute, souvent grandiloquent, cheap, un peu paresseux voir carrément gênant. Et surtout, inaccessible à des gens qui ne souhaitent légitimement pas passer du temps à suspendre leur incrédulité pour voir des gens voyager dans l’espace à bord d’une cabine téléphonique.
Mais la narration, la vraie, les histoires, sont légitimes quelles que soient leurs héros. Et en cela, Doctor Who reste fidèle au credo qu’il s’est fixé, au milieu des années 60 : raconter des histoires. Ce n’est pas rien, de tenir une promesse pendant plus de cinquante ans.

Doctor Who, ou l’Histoire du XXe et XXIe siècle. Plus de cinquante années de luttes féministes. Personne ne s’y trompera : l’arrivée de Jodi Whittaker dans le rôle légendaire est tout sauf innocent. Dans la saison qui précéda son arrivée, pour la première fois, l’alliée du Docteur était lesbienne, le Docteur dénonçait la tendance qu’à l’Histoire à « blanchir » ses épisodes importants et la Némésis du héros, le Maître apparaissait elle aussi pour la première fois sous les traits d’une femme. « La dernière saison en faisait beaucoup sur la diversité. » ai-je entendu. Certes. Comme si d’un coup, le caractère essentiel de ces combats, de ces représentations faisaient jour dans la série. Parce que oui, cet aspect-là aussi de l’Histoire se doit d’être évoqué.
Que l’extra-terrestre au mille vies devienne une femme est une étape logique d’une représentation honnête et courageuse de la société. Même si, à nouveau, il ne s’agit que d’une série anglaise de moyenne qualité. Même si, à nouveau, l’influence de cette décision sera sans doute dérisoire.

Si j’aime tellement Doctor Who, en fait, c’est parce qu’il s’agit d’une des oeuvres de fiction les plus honnêtes que je connaisse. Honnête dans ses erreurs comme dans ses coups de génie.

Je souhaite à Jodi Whittaker, au treizième Docteur de prendre sa place aux côtés de ses prédécesseurs, dans cette vénérable série. Que dans cinquante ans, des fans un peu allumés se tapent l’intégrale de la série et que l’apparition d’une femme sous les traits du personnage principal apparaisse comme totalement naturel. Banal. Que certains épisodes soient absolument géniaux et d’autres ratés. Je souhaite à Doctor Who de continuer, sereinement et honnêtement, à raconter des histoires. Dans l’Histoire.

À faire sa part.

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