En paix

Le métro s’ébranle. Aujourd’hui, je suis des anonymes. Les yeux rivés au sol, puis sur mon bouquin. J’évite les regards, en parisien ; je me suis calfeutré les oreilles à grand renfort de musique, usée à force d’écoutes.

Dans ma tête, il y a l’habituelle mosaïque, fragments de bruits et de souvenirs que j’ai appris à nommer »pensées ». Faute de mieux. Parfois, images et sons forment d’éphémères cathédrales. La plupart du temps, un marais dans lequel je peine à me mouvoir. Et en ce mois de décembre, le chaos m’enserre. Je n’avance ni ne respire que par la grâce d’une poignée de moments, de visages amicaux. Rien de plus.

Et puis quelque chose qui ne m’est jamais arrivé en vrai. Quelque chose que je n’ai jamais vécu que dans les pages des livres ; une intuition. Impérieuse. Qui me fait redresser la tête.

Le wagon brinquebale pour quelques stations hors du sol. Par les vitres, coule la Seine, dans laquelle dégringolent les rayons du soleil. C’est un ciel de presque hiver, pur et froid, un ciel bleu sans tergiversation, dans lequel pointent les tours de la Plus Grande Bibliothèque. Là où, quand les nuits sont trop noires, j’erre. Parce que c’est là, entre toutes les rues de Paris, que la ville existe sans violence.

Le paysage défile et j’en embrasse chaque nuance. Je lui offre mon regard et il s’offre à moi.

Silence. Mon vacarme intérieur s’est apaisé, sur un accord paisible. Lentement, très lentement, les notes résonnent jusqu’au plus profond de ma poitrine. Et forment une phrase, une seule.

« Tu as gagné le droit de traverser le fleuve de ta ville. »

La réalité ne s’est pas arrêtée. Ni le chaos, ni mes angoisses, ni la laideur du monde. Mais l’espace d’un instant, sur le chemin de métal, entre l’eau et l’air, sous la lumière crue, je sais où se trouve ma place. Entre les deux rives. L’espace d’un instant, je suis sûr, je sais, que les petits matins, le cri des mômes, les mots que j’aligne de feuilles en écrans, ma voix qui s’étrangle. Tout cela n’est pas pour rien.

Le sens est à portée de main. Entre les deux rives.

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