La fille qui siffle

Le nombre de moments très importants que j’ai pu vivre en jouant à des jeux vidéos augmente un peu plus chaque année.

Il y a celui-ci par exemple.

C’est l’histoire d’une fille qui a sauvé le monde. La victoire a eu un prix : la vie du garçon qu’elle aimait, qu’elle aime encore d’ailleurs. Parce qu’elle est sûre qu’il est vivant, encore, qu’elle va le retrouver. Il lui a appris à siffler entre ses doigts, alors parfois elle siffle, en espérant qu’il apparaîtra.

La fille parcourt le monde dans son vaisseau volant, elle combat l’injustice avec ses alliées, et parvient une fois encore à vaincre les forces qui menacent sa planète.

C’est la conclusion du jeu, la fille a battu le dernier méchant, elle se tient immobile dans un territoire à la frontière de la vie et de la mort. Elle bouge à peine, et la caméra s’éloigne tout doucement. Ce n’est pas une cinématique, c’est le modèle de la fille que j’ai contrôlé pendant ses aventures, je dois pouvoir accomplir une action.

Je ne fais rien.

J’ai peur de rater quelque chose, de casser un truc si je touche à la manette, pendant que les ténèbres tombent sur la scène. Je suis paralysé, je ne fais rien.

Et la séquence de fin commence, la fille a sauvé le monde. Elle est toute seule. Je n’ai rien fait, et à cause de ça, elle est toute seule.

Comme je suis dans un jeu vidéo, comme je peux, j’efface tout ça. Je lance une sauvegarde, je retourne au grand ciel étoilé où je n’ai rien osé faire et appuie sur un bouton, je ne sais pas lequel.
La fille porte les doigts à sa bouche et siffle. Siffle entre ses doigts. Et, enfin, le garçon réapparaît. Juste parce qu’elle l’a appelé juste parce qu’elle avait envie de le revoir.

Des frissons me parcourent l’échine. Parce que j’ai pu effacer ce qui, sans cesse, m’empoisonne la vie. L’immobilité. Pétrifié à l’idée de casser. À laisser la caméra s’éloigner, fondu au noir et fin amère.

Je ne sais toujours pas siffler entre mes doigts. Mais depuis, toujours, ma peur recule, quand dans mon esprit, je convoque la fille, je convoque Yuna qui le fait pour moi. Et fendille en une note perçante le miroir de l’immobile.

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