Brouillard

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Parce que ce sont les vacances, qu’il fait beau et que c’est possible, la voiture s’est arrêtée à P. Le soleil radieux, trop radieux du mois d’octobre breton, a brutalement été englouti par la brume. Les sons aussi sont assourdis. Je sais que ça n’est pas possible, pas rationnel, mais les sons aussi sont assourdis, c’est comme ça.

P., ça a été l’arrivée en Bretagne. Nous y sommes restés un an. J’étais môme, mon esprit et mon univers comme une grande cathédrale vide. La mer et le vent l’ont remplie de leurs échos perpétuels. J’ai été mordu par le sable, à ça il n’y a pas d’antidote. Breton. Sans fierté, sans identité. Juste les pensées, toujours colorées d’embruns.

Nous sommes descendus sur la plage. Mes parents marchent un peu plus loin, très loin devant. Ils ont pris pied dans le passé, pour quelques minutes, et c’est immensément tentant. Traverser le brouillard et se retrouver il y a vingt-huit ans.

Un début d’après-midi au soleil, les cris et les éclaboussures. Effacer le sable sur le visage et sur l’écran de la Game-Boy ; c’est la première fois que je vois une Game Boy et je n’ai pas la moindre idée que je contrôle Christopher Belmont, et que dans vingt ans, je guiderai sa famille imaginaire sur des écrans, les écrans, je ne les connais pas encore. Marcher vers l’eau au rythme de la balançoire, elle grince, elle grince terriblement et je ne connais pas de bruit plus apaisant, ça et le bruit des drisses qui heurtent les mâts métalliques, quand il y a du vent.
Ce soir on ira peut-être chez des copains et on jouera à la Bonne Paye après avoir lu des J’aime Lire. Des Tom-Tom et Nana en fait.

Le film se déroule sous mes yeux, mais cette fois-ci, la nostalgie ne parvient pas à porter ses coups. Les brumes m’enveloppent, m’arriment au présent.

Ce serait facile, facile de se dire qu’au fond c’est simple, qu’il n’y a qu’à louer une petite maison en face de cette plage – peu-être la numéro 11, à nouveau – et tout sera ressuscité. Les souffrances et les usures une navrante parenthèse.

Ce serait facile.

Je me détourne du passage. Mes parents aussi sont revenus de l’autre côté. Ne sois pas faible, ne sois pas lâche, je murmure. L’aune du passé n’est jamais juste.

Sortir des brumes et se diriger vers les vacances qui s’achèvent, vers les problèmes à régler pour que l’Ezia Polaris prenne son envol, vers les visages un peu plus marqués, mais vivants.

À la sortie de P., le soleil attend.

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