Au creux des vagues

Ce soir je suis allé voir la mer.

Au loin les voix s’éraillent dans l’immensité du ciel pourpre. Le temps en bout de course ralentit et puis se fige. Ne subsiste que le ressac. La marée qui bat éternelle sur la plage minuscule, flux et reflux, flux et reflux, flux et reflux.

Je suis l’éternelle, petit d’homme. Quand tout le reste croule, se trouble, subsiste mon perpétuel mouvement. Je berce les rochers qui crèvent ma surface. J’abrite ce qui émergera, et ce qui retournera. Car il en a toujours été ainsi.

Le sable humide entre les orteils, j’inspire. Combien de fois ai-je arpenté cette crique minuscule ? J’ai dû y amener tous ceux qui comptent. Tous mes élus. Et aujourd’hui pour la première fois, j’y suis allé seul. Parce qu’encore une fois l’horreur résonne à la radio, se découpe sur les écrans. Encore des flammes qui s’éteignent. Et la colère, et l’envie de crier, et de se taire, et de baisser les bras et de s’en foutre.

Alors quand trop d’envies, quand dans la tête le chaos hagard, aller voir la mer. Et pouvoir un instant, le sel qui s’immisce aux poumons, le son de l’eau qui emplit tout, se dissoudre. Retourner à l’avant et se laisser bercer.

Ce soir je suis allé voir la mer. Je me suis souvenu de tous ceux que j’y ai amenés.

Nous sommes nés des vagues. Et il y a en leur sein une force et patience infinies.

 

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