Folie-Méricourt

Le printemps s’est abattu sur Paris, et la chaleur colle au bitume. Disjoncte la ville, chaque année prise au dépourvue par la nature belliqueuse. Gaz d’échappement contre pollens, soleil triomphant sur réverbères.

Je remonte la Folie-Méricourt, une pluie grasse et tiède sur les talons. Parapluie dans le champ de vision, troublé par la fatigue et l’absence de mes lunettes. Je ne distingue plus rien que l’essentiel de ma ville. Devant moi, se déroule le long ruban gris éclairé par des sphères dorées placées de loin en loin. Tympans colmatés par les oreillettes, cerveau perclu d’épuisement, je suis un influx nerveux lancé le long des rues de Paris.

Il y a des devantures de boutiques, des stores distordus. Les lueurs artificielles les muent en arabesques cyclopéennes, en palais désertés. Car il n’y a plus d’humains. Nous avons tous été convertis en flux, en électricité en code binaire. Ce n’est pas de l’eau qui tombe, mais des données qui se rafraichissent en permanence et dessinent sur le gris des trottoirs l’empreinte de mes pas.

Ce n’est pas de l’affectation ou une posture : Paris est infini, Paris accueille à bras ouverts le chaos des milliers d’existence, les hectolitres de sang qui y coule. Tout ce que nous avons à faire, c’est nous y fondre. Et alors adieu la pesanteur, la fatigue, la gangue humaine.

Regarde. Nous sommes tous l’âme de la ville-monstre.

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