Nuit debout, à l’épreuve

Je ne sais que penser du mouvement Nuit Debout.

Et le fait de m’être rendu plusieurs fois Place de la République (au passage, je pense qu’il doit exister un cercle de l’Enfer réservé à ceux qui disent « Répu ») n’enlève rien à mes interrogations. Je n’approuve ni ne désapprouve, regrette de ne pas m’y investir tout en ne parvenant pas à trouver l’élan qui ferait que je souhaiterais être partie intégrante de cet espace de parole.

Je ne sais que penser du mouvement Nuit Debout, et donc j’évite de m’exprimer à son sujet. J’attends de voir de quelle façon il va évoluer. Parce que je n’agis pas sans savoir, c’est sans doute un défaut.

Seulement, cet article me fait penser que ça y est, on est dans quelque chose d’important. Parce que pour la première fois, Nuit Debout se retrouve face à une épreuve qui la met en danger. Non pas que je minimise ce qui est arrivé dans plusieurs villes de France, des insultes qui ont été adressées aux participants aux violences policières. Les pouvoirs en place répondent, c’est leur rôle, mais la réponse en question dépasse la simple volonté de maintenir le cadre. Toutefois, ces épreuves avaient un mérite, et un seul – parce que je ne pense pas que le pouvoir régénérant du gaz lacrymogène sur l’épiderme soit scientifiquement prouvé – qui était de renforcer l’unité de la manifestation. Quand on sort les matraques et les flash-balls, c’est qu’il y a confrontation. Et même si je plains énormément les forces de l’ordre qui doivent, pour obéir à leur contrat de travail, casser de l’étudiant, il est difficile de prendre leur parti.

D’autant plus que Nuit Debout parvient à avoir le pacifisme couillu. Expliquer que oui, c’est important aussi de parler écologie et poésie que de protester contre la future loi El Khomri, sans tenir compte des moqueries et de la condescendance, ça force l’admiration.

Mais Samedi 16 avril, nuit debout a rencontré le Diable. Pas le Diable religieux, mais le Diable étymologique : l’être qui divise.

En l’occurrence, notre démon avait des traits que l’on voit bien trop souvent dans les médias : ceux d’Alain Finkielkraut. Celui-ci, présent sur la Place de la République, s’est fait huer et insulter.

Le ver est dans le fruit.

Nuit Debout tire sa solidité, son côté unique et sa relation privilégiée avec les médias du fait qu’il est parvenu, jusqu’alors, à ne pas prêter le flancs aux habituels saillies que l’on sort dans ces cas-là : étudiants post-soixante-huitards, bobos, gauchos et j’en passe. Ces qualificatifs rebondissaient sur le mouvement parce que celui-ci mettait en avant les idées qui rassemblaient (le terme de « Convergence » des luttes est sur ce point très éloquent) plutôt que ce qu’ils combattaient.
Et déjà, les journalistes font leur miel de cette réaction hostile envers l’intellectuel, la mettant en parallèle avec l’accueil chaleureux reçu par Varoufakis, l’ancien ministre des finances grec.

Le Diable est dans la place.

À voir maintenant, si cette division va aller en s’élargissant ou pas. En se politisant, Nuit Debout pourrait employer les armes de ses opposants, mais rentrerait dans un combat codifié, dont ses adversaires – à savoir les institutions politiques déjà en place – maîtrisent parfaitement les modalités. Et cette épopée perdrait le caractère énigmatique – au fond, qui sont ces gens – qui la caractérise actuellement.

L’alternative ? Laisser Finkie, le FN ou tout autre personne souhaitant s’exprimer Place de la République ou ailleurs le faire. Et si désaccord il y a, le marquer par une désaffection de leurs discours. Ou même, et ce serait peut-être même préférable, débattre les idées développer. Sans hausser le ton, sans s’énerver. Opposer des arguments, même si c’est long, même si c’est fatiguant. À défaut d’aimer, au moins ne pas haïr. Réussir à faire preuve de la même patience intellectuelle que celle, physique, dont les participants de Nuit Debout font montre actuellement.

Le Diable est dans la place. Et aujourd’hui, un mouvement aux jambes encore un peu flageolantes s’y retrouve confronté. Quel accueil lui réserve-t-on ?

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