Tokyo

Un jour ce sera l’impact.

Je poserai les yeux sur toi. Je serai à peine arrivé. Il y aura des gens, des immeubles, des rues. Il y aura des couleurs et des sons. Il y aura de la musique. Il y aura toi, Tokyo. Et tu te précipiteras de tout ton béton vers une autre ville. Celle qui réside au creux de ma cervelle. Celle que je me construis depuis dix-sept ans. Celle qui porte ton nom. Et que se passera-t-il alors ? Peut-être que je m’écroulerai au sol. Un, deux, trois, KO. Où que je me mettrai à rire, de ce rire trop aigu qui m’écorche la gorge, là où ça racle quelques paillettes de ma santé mentale.

Nous allons nous battre. L’idée est si grotesque qu’elle m’exalte. Toi, la ville-monde contre l’adulte-môme prétentieux. Je vais déployer mes ailes. Celles sur lesquelles sont inscrites toutes les images que je me fais de toi.

Je me tiens à distance de tout ce qui s’appelle « réalité », quand ça te concerne. Je zappe les documentaires, fuit les photos. J’ignore ton état-civil, j’essaye d’en apprendre le moins possible sur ta démographie.

Non. Ce qui me fascine, c’est ta fiction.

Je t’ai arpenté, tu sais. J’ai fouillé ton passé de village de pêcheurs et de cité fortifié. Mes guides ont été des yeux de peintres et des bouches d’écrivains. Et bien sûr, j’ai été ton héros. Manette prothèse, j’ai exploré des rues détruites par dix apocalypses, j’ai rencontré des démons, des filles aux yeux démesurés, des renards. Des samouraïs. Parfois même ton âme en robe blanche. Shibuya n’existe que plongée dans la nuit pour moi. Shinjuku c’est l’antre d’une rebellion et là où l’on trouve les meilleures armures.

Tu verrai le réseau de communications qui s’étend sous mon crâne ! Des métros blancs propulsés dans un silence de cathédrale, au milieu des buildings de verre. Gamin, j’ai subi l’infinie litanie : que le pays dont tu es la capitale est celui des paradoxes. Tradition et modernité, envers et endroit. C’est gravé. Tes apories m’enlacent, je n’ai pas même à fermer les yeux. Et si tu savais comme je m’y sens bien. Cette ville me terrifie et me réconforte, ja la cherche et la fuis à en perdre haleine. Tokyo, l’Autre Tokyo le long des veines.

Peu importe que la rencontre soit remise une fois, deux, trois. Nous nous verrons. Attends-moi. Comme moi je t’attends.

Impact.

tokyo

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