Mes étés ont perdu leur sens

Mes étés ont perdu leur sens.

Je ne savais pas. La dernière fois que je t’ai vu, j’ai tout enfermé. Le soulagement, comme un soupir, de te voir enfin. La poitrine déliée des sanglots qui toujours l’étouffent. Le temps aboli. Tout est resté entre tes murs.

Qui es-tu ?

Pour que tu refuses de te ranger au rang de mes souvenirs, pour que j’ai encore sur la peau ta chaleur, et aux oreilles le chant de ton armée de cigales, pour que mes pieds se souviennent du tapis d’herbe jaune, et du raclement des tables métalliques sur la terrasse bétonnée, tu n’es pas que cette maison de famille, loin au sud. Tu n’es pas que les hectares de garrigue qui l’entouraient, pas plus que les visages qui l’habitaient, toujours de passage. Je t’évoque au moindre détail, et ne peux te nommer.

Si l’été je me lance dans d’herculéens travaux, c’est pour crier dans ce vide, braver le manque. C’est pour que mes hurlements dans la tempête couvrent mes larmes. L’été, je traduis les nouvelles d’Howard Philip Lovecraft. Parce que ce qui l’intéresse, c’est l’infini. Et qu’il faut bien ça, et même encore un peu plus, pour dissimuler ton absence.

Certains m’ont dit que tu t’appelles nostalgie. Passé. Enfance. Je t’avoue leur avoir ri au nez. Je ne regrette rien. Je veux. Comme j’ai rarement voulu. Je veux à nouveau fuir le soleil de midi à l’abri de la pierre grise. Je veux dévaler les sentiers à peine marqués, la poussière sur mon sillage. Je veux me sentir seul, balade au bout du monde. Problème de géographie. Le Finistère n’est pas cette pointe grouillante de vie et de légendes. Le Finistère est là, dans ce coin immuable de Provence. Là où, enfin, j’entends le silence.

Tu me manques.

Je lève les bras en espérant retrouver nos étoiles. Celles du canevas secret, que le soleil couchant dévoilait tandis que les parfums de la nuit, enfin, se déployaient en arabesques. Il n’y a que trois mois qu’un ami danseur m’a expliqué ce qu’était l’arabesque. Alors que j’assistais chaque soir à son avènement. Allongé sur la pierre. Entouré des voix de ceux dont, à cet instant précis, je ne doutais pas qu’ils faisaient partie de ma famille.

Mes étés ont perdu leur sens. J’ai besoin de toi. De courir à ta rencontre. À nouveau d’étendre les bras. Et de te dire juste à toi, parce que je me suis éloigné, parce que je sais que personne ne m’entends, parce que je sais que c’est juste toi et moi : « Je suis là. Je suis là. Je suis là. »

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