Fantaisie sept

Aujourd’hui, j’ai appris ça. Je vais avoir des étoiles dans les yeux toutes la journée.

Peut-être tu ris. Devant mes enthousiasmes de grand enfant.

Peut-être, tu t’agaces un peu. De cette « culture geek » comme ils l’appellent, qui mange un peu l’espace médiatique.

Peut-être, tu ne sais pas. Comme c’est important. Vraiment important.

Peut-être, tu n’avais pas entre douze en dix-huit ans à l’époque. Tu n’as pas vu une jeune fille qui sortait d’un bâtiment en ruine. Alors oui, ce n’était pas spécialement joli, même à l’époque. Ça criait un peu au niveau des sons et des couleurs. Mais quand la caméra reculait, tu voyais à quel point la ville était immense. Et tu te disais que tu allais partir à l’assaut de cet endroit gigantesque. Et après plusieurs heures de jeu, tu t’apercevais que cette ville n’était qu’un fragment d’un monde gigantesque. Qu’on t’offrait.

Peut-être, tu n’as pas eu à combattre, manette en plastique à la main. Tu n’as pas dansé cette danse incompréhensible où, avec une politesse inconcevable, les adversaires attendaient patiemment que tu aies terminé de choisir ce que tu allais faire avant de répliquer. Et pourtant, tu avais le souffle court, tu pestais, tremblait, espérant que l’épée tranche, que le poing cogne, que la magie referme les blessures. L’incrédulité réduite à rien.

Peut-être, tu n’as pas poursuivi un homme en cape noire de vallées en CD2 à insérer dans le lecteur. Tu n’as pas appris à le craindre et le détester, ça se construit lentement, un Ennemi Juré. Tu n’as pas tremblé devant ses actes iniques et la négligence cruelle avec laquelle il les commettait.

Peut-être, tu ne t’es pas retourné pour te rendre compte que, depuis un moment, d’autres personnages te suivaient, et avaient pris part à ton histoire. Improbables. Ridicules parfois. Mais ils avaient pris ton parti, ils t’avaient tendu la main. Ils étaient tes alliés et, pour un instant, un instant seulement, tu tendais l’oreille à l’adolescente voleuse, au tigré doté de parole, au mercenaire désabusé. Tu les voyais grandir avec toi, partager les secrets – parfois honteux – que le jeu t’avait confié. Et ut hallucinais de leur accorder tant d’importance.

Peut-être, enfin, surtout (évidemment), tu n’es pas resté frappé par la foudre, bouche entrouverte, quand on t’a montré que la mort peut s’abattre, même dans ce monde où tu te croyais héros invincible, avec ton immense épée. Peut-être que tu n’as pas attendu un miracle, de l’eau jusqu’à la taille, dans une cité oubliée.

Peut-être, tu n’as pas vécu ces morceaux disparates, ridicules et merveilleux, qui racontaient cette histoire, qui s’appelle Final Fantasy VII.

Ça n’est pas grave. Mais sache qu’il y en a, un tout petit peu nombreux, qui ont reçu cette aventure en plein poitrine, il y a bientôt dix-huit ans. Et que leur démarche en chancelle toujours un peu.

Alors pardon pour ces étoiles dans les yeux.

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