Wonderwall

Cet article conclut le précédent.

J’ignore où se trouvent les baffles dans les vestiaires, mais les notes m’atteignent jusque sous l’eau brûlante. Les gouttes dégoulinent sur le carrelage immaculé, obscurément, j’attends qu’elles emportent quelque chose qui me reste accroché à la peau et que deux heures passées à m’agiter dans tout les sens n’ont pas réussies à faire vaciller.

L’eau coule et la chanson change. C’est Oasis, dont je n’ai jamais possédé un album. C’est Wonderwall que je n’ai jamais vraiment écouté mais qui parcourt les venelles de ma mémoire, parce que j’ai eu 18 ans en 2000. J’ouvre la bouche, je chante. Je chante sous la douche, comme tout le monde. Il paraît que c’est scientifique, qu’il y a une explication impliquant les sons médiums amplifiés, je ne sais plus trop pourquoi, je m’en fous. Je chante sans trop de honte parce que, eh, personne en vue dans la cabine de plastique blanc, parce qu’après deux heures, je suis ici un peu chez moi. Je chante et je dérape, il me manque une partie des paroles.

Je ne tombe pas. Une autre voix a pris le relais. Un poil plus grave que la mienne, mais juste.

Today was gonna be the day
But they’ll never throw it back to you
By now you should’ve somehow
Realized what you’re not to do
I don’t believe that anybody
Feels the way I do
About you now

La voix n’insiste ni ne se moque, elle s’est contentée de reprendre la chanson là où je l’avais laissée. Et puis hésite sur une phrase. Elle ne sait plus. Moi si.

And all the roads that lead you there were winding
And all the lights that light the way are blinding
There are many things that I would like to say to you
But I don’t know how

I said maybe
You’re gonna be the one that saves me
And after all
You’re my wonderwall

Un relais musical de quatre minutes. Une danse à travers la porte de la douche et l’eau qui coule. Pas une fois on ne se marche sur les pieds, même le refrain n’est pas repris en coeur, on s’écoute trop pour ça.

Et quand l’inévitable fade out entame, j’arrête d’appuyer sur le bouton d’arrivée d’eau. Je passe ma serviette en toge romaine. Je m’apprête à sortir, la bouche un peu crispée. Je vais adopter un sourire un peu bêta de connivence. Parce que bon, je ne vais pas lui dire merci, même si ça me brûle les lèvres, ce serait con. Ma main s’approche du verrou. J’entends des pas qui s’éloignent, une porte qui claque.

Il n’y a plus personne dans la salle des casiers. Juste la chanson suivante, Cool Kids.

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