Romance à choix multiples

Elle m’a tout de suite fait de l’effet.

Je ne sais pas si c’était son accent, sa façon de tenir son écritoire ou ses mains si gracieuses. C’est la guerre, l’apocalypse, la fin du monde mais peu importe : je suis amoureux de l’ambassadeur Joséphine Montilyet.

Pas pour de vrai bien sûr. C’est juste un jeu. Dragon Age Inquisition. Au début, on m’a demandé de créer un avatar, un moi virtuel. J’ai opté pour un grand bonhomme cornu, capable de faire pleuvoir boules de feu et autres agaceries sur ses opposants.

Je suis amoureux de Joséphine Montilyet et c’est important. Parce que, dans ce monde virtuel, je pourrais aussi tomber dans les bras de Dorian, le mage loquace ou du mercenaire Iron Bull. Ce serait plus moi, plus ma sexualité. Ce serait logique.

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Ces dernières années, les univers virtuels ont fait leur évolution à ce niveau. Elles sont de plus en plus nombreuses, les histoires interactives, à mettre en scène d’autres scénarios romantiques possibles que le prince et la princesse. Et à me poser la question : ai-je le droit d’être quelqu’un d’autre, sentimentalement parlant ?

Les premières fois que le choix s’est posé à moi, je n’ai pas réfléchi : parce que c’était un soulagement, parce qu’enfin. Parce que, dans un souci d’équité ou marketing – peu m’importait – le sauveur de mondes que j’incarnais pouvait tomber dans les bras d’un garçon, sans sous-entendus et sans que personne ne trouve rien à y redire. Jeu de rôles. D’habitude, on y incarne quelqu’un d’autre, quelqu’un de différent, souvent quelqu’un de mieux. Mais incarner quelqu’un d’autre, quelqu’un de différent, j’ai déjà donné. En vrai. Alors en virtuel, j’ai été moi-même dans mes attirances. Et le dragon qui me barrait la route a été réduit en cendres. Personne n’a secoué la tête avec déception, je n’ai pas eu de sort à lancer pour dissiper la malédiction « boule au ventre » ou le charme « trouille d’être rejeté ». Les bisous sous la tente avaient finalement moins d’importance que l’approbation de mes compagnons d’armes.

Ces amants de pixels ont été eux aussi des appuis, de petites lumières dans ma construction. Pas les jalons essentiels ou les soutiens d’amis en chair et en os, non. Juste une présence rassurante. Dans la fiction aussi, des êtres m’ont souri et accompagné. Renforcé dans la tranquille certitude que je n’ai ni à mentir ni à éluder.

Les années passent, les jeux aussi. Et je me retrouve donc, mage de trente-deux ans, face à Joséphine Montilyet. Et spontanément, c’est elle que je choisis : parce qu’elle est plus drôle, plus gentille, et mieux écrite que ses rivaux potentiels. Parce que je préfère lui parler à elle. Et parce que je peux marcher tout seul. Quand je rejouerai à ces jeux qui m’ont aidé, je retomberai amoureux de Fenris parce qu’il a la plus belle voix du monde et qu’il est touchant, mais dans une autre réalité de Liara parce qu’elle est futée et fascinante.

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Si je peux désormais regarder ces personnages à travers l’oeil du spectateur et non plus celui du post-ado terrifié, c’est parce qu’on m’a un jour offert cette possibilité là, d’être qui je voulais dans ces aventures. Juste un choix de plus. Guerrier ou mage, humain ou elfe, garçon ou fille. Toutes les routes mènent à la victoire, à l’aube qui se lève, à la chanson de fin.

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