Dilettante : Persona 3, Persona 3 : FES, Persona 4, Persona : The Arena, Persona 4 : The Arena Ultimax, Persona : The Golden, Persona Q : Shadow of the Labyrinth, Persona 4 : Dancing all night

(Record du plus long titre de ce blog largement battu.)

Sept ans déjà.

Il y a des univers imaginaires que l’on porte en soi. Parce qu’ils vous ont marqués, parce qu’ils ont raisonné avec un moment précis de votre existence, parce que vous vous êtes plongé dans ses pages un nombre incalculable de fois. Certains auront toujours, dans un coin de leur mémoire les cris d’Antigone, le pianiste de Casablanca, les mots de Perdican. Ces lignes, bouts de pellicule, morceaux de pixels qui construisent et réconfortent.

J’en porte une sacrée quantité. De la Lorien de Tolkien à la Tara de Scarlet, je n’ai même pas à réciter de formule magique pour les invoquer.

Mais le dernier en date est un peu différent. Et fête aujourd’hui ses sept ans.
Le dernier, c’est l’univers des jeux Persona 3 et Persona 4.

Depuis sept années donc, j’ai sous les paupières ce monde naïf et sombre, ses musiques insupportables, et surtout les personnages qui le peuplent. Monde à qui mon écriture et ce que je nomme prétentieusement « mon esthétique » doit plus que nombre de lectures et de medias autrement plus avouables.

Ces jeux de rôle en vidéo se déroulent tous deux sur le même principe : le héros, un anonyme silencieux, débarque dans un environnement inconnu : un port industriel pour le 3, une petite ville pour le 4. À chaque fois, des événements étranges l’amèneront à découvrir le pouvoir des « personae », entités invoquées par le subconscient, qui lui serviront à combattre les ombres, manifestations déformées de la psyché humaine.

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L’originalité de ces jeux consiste dans leur narration. En effet, le surnaturel est circonscrit à un lieu bien précis à chaque fois, dans lequel seul le héros et ses alliés, eux aussi dotés de personae peuvent entrer. Sorti de ces endroits, on redevient un quidam comme les autres, soit pendant la moitié du jeu. Que faire alors ? Eh bien étudier, sortir, se faire des amis, bref mener une vie virtuelle, vie essentielle pour mener à bien la mission qui nous incombe. En effet, la puissance de la persona du héros est liée aux liens qu’il tisse avec les autres dans le « vrai monde ». Soutenir ce sportif en plein doute revêt donc autant d’importance, sinon plus, que de battre le monstre qui nous bloque l’accès au reste du gigantesque labyrinthe qui n’apparaît qu’une heure par nuit.

Depuis sept ans, j’explore les villes d’Iwatodai et d’Inaba, et j’en apprends toujours un peu plus sur leurs particularités et leurs habitants. Persona 3 et 4 sont des jeux-fleuves, et le temps imparti pour les explorer est limité. Après un certain nombre de jours virtuels, le jeu s’arrête. Et si la fin est presque toujours la même, les liens que l’on aura tissé, eux, différeront souvent.

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Je me suis laissé prendre au jeu. Une fois, deux, trois. Parce que c’était drôle, parce que c’était agréable, parce qu’un univers cohérent, même lorsqu’il est trop pop, trop acidulé, trop japonais, a quelque chose de diablement séduisant. Et aussi parce que ces personnages grandissent avec moi.

Au fil des déclinaisons de ces deux histoires virtuelles – deux remakes, une suite, un jeu de combat, un jeu musical (!), une déclinaison… – les personnages auxquels je me suis attaché évoluent. Grandissent. Changent. La lycéenne froide et mature devient PDG de son entreprise, le looser patenté se cherche professionnellement, la jeune fille trop discrète apprend à s’affirmer dans l’hôtel dans lequel elle travaille. À chaque nouveau jeu, quelques mois, quelques années ont passé. Ils sonnent à la porte, on les retrouve. À travers l’écran on leur demande ce qu’ils font depuis tout ce temps, ce qu’ils sont devenus. Parfois leurs voix changent un peu. Forcément, les humains réels qui la leur prête ne sont pas toujours disponible. Ou alors ils ont vieilli. Ce sont leurs rides à eux, à ces jeunes gens héroïques.
Je sais parfaitement que ce sentimentalisme à deux sous, c’est celui de la franchise, du marketing. Je ne parviens ni à m’en inquiéter, ni à en rire vraiment. Tout ce que je sais c’est que, d’une façon ou d’une autre, j’aime retourner à Iwatodai et Inaba. J’aime revoir la petite librairie tenue par le couple de petits vieux – ils n’ont toujours pas pris leur retraite, je m’en fais pour eux – j’aime voir ce que la boutique de tofu traditionnelle est devenue, je suis curieux de savoir si la paix si chèrement gagnée à la suite de centaines d’heures d’aventure perdurera.

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L’année prochaine un nouveau volet débarquera, fermant apparemment le diptyque et mettant fin à sa légion de jeux dérivés. Et cet univers qui a lentement évolué, changé avec moi, pendant sept ans, se figera gentiment. Mitsuru ne pestera plus en français, Yosuke cessera ses maladresses et la quête d’Elizabeth se finira en point d’interrogation. Comme tous les univers imaginaires, ils passeront dans la mémoire. Alors pour la première fois, moi le boulimique de l’aventure virtuelle, je joue lentement. Très lentement. Pour arpenter encore un peu, en voyageur et ami surpris, les couloirs du labyrinthe en compagnie de mes amis imaginaires.

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