Dilettante : Bayonetta 2

Plus ça va, plus je me dis que si j’avais poursuivi mon cursus universitaire, j’aurais adoré bosser sur la pop-culture. Il y a peu de domaines aussi éloquents aujourd’hui sur ce que devient notre monde en général. Le 24 octobre 2014, se passera un événement important dans le monde de la pop culture, mais pas que.

C’est le 24 octobre 2014 que sort aux États-Unis et en Europe le jeu Bayonetta 2.

Bayonetta 2 est un jeu d’action japonais dans lequel on incarne une sorcière dotée de pouvoirs surhumains et d’une plastique qui l’est tout autant. Accompagnée de sa copine Jeanne, du journaliste un peu bébête Luka et de son Sancho Panza, un petit italien rondouillard nommé Enzo, Bayonetta passe son temps à se battre contre des anges et des démons qui feraient bien leur quatre heures de la demoiselle. Afin de leur rendre coup pour coup, Bayonetta dispose non seulement de l’impressionnant arsenal mis à sa disposition par Rodin, sorte de forgeron des enfers, ainsi que de monstres, qu’elle retient captifs dans… ses cheveux. Si.

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Mais pourquoi l’arrivée sur nos écrans de cette créature violente, toute en sein, en fesses et en répliques cinglantes est-elle une bonne nouvelle pour d’autres que des ados à la libido en délire ?

Eh bien parce que Bayonetta est, à ma connaissance, la première héroïne de jeu vidéo, et l’une des très rares femmes imaginaire à briser le plafond de verre sexiste contre lequel nombre de ses consoeurs se cassent régulièrement la gueule. Je m’explique.

Les femmes « fortes » existent dans la pop-culture depuis presque aussi longtemps que leurs homologues masculins. L’univers des comics en est particulièrement friand, qu’il s’agisse de Wonder Woman, Jean Grey ou Poison Ivy. Nombre d’entre elles occupent des positions importantes dans ces mythologies, vivent des aventures diverses, accomplissent des exploits. Certes. Mais deux problèmes se posent fréquemment :

– Ces héroïnes se définissent par rapport à un homologue masculin, qui guide leurs actions aux moments critiques. On peut penser à Catwoman, dont Batman constitue souvent la conscience ou à Beatrix de Kill Bill dont toute la quête vengeresse tourne autour d’un homme.

– D’autre part, il n’est pas rare que ces héroïnes féminines servent de bonbon visuel (le fameux « eye-candy » britannique) à l’audience masculine. Principe particulièrement flagrant dans les jeux vidéos : Lara Croft ouvrit la voie à de nombreux fantasmes de pixels, dont les attributs constituaient souvent l’atout vente principal.

Bayonetta fait exploser ces clichés avec un bruit réjouissant.

Les hommes de la série n’ont aucune importance ou presque. La star, c’est Bayonetta. Et éventuellement Jeanne, avec laquelle elle partage une franche camaraderie, dépourvu des sous-entendus nécessaires à faire fonctionner l’habituelle machine à fantasmes. Les hommes sont ici recalés au rôle de soutiens, dealant armes et informations, de ressort comique ou au mieux d’alliés très ponctuels, mais jamais vitaux. À aucun moment le scénario ne développe l’une de ces scènes insupportables durant lesquelles on nous explique que, quand même, aussi forte qu’elle soit, une nana aura quand même besoin d’un mec pour achever le vilain, pleurer un bon coup ou prendre une balle à sa place. Non. La sorcière mène l’aventure de bout en bout et s’en sort très bien.

Quant à l’épineux problème de l’aspect physique… Oui, Bayonetta est LE fantasme hétérosexuel incarné. Poitrine plus que généreuse, tenue moulante qui ne demande qu’à dévoiler l’anatomie de la jeune femme – sa combinaison est en fait constituée de ses cheveux, décidément multi-usages – et surtout multiplication de postures mettant en valeur son entrejambe. Mais c’est là le coup de génie de Bayonetta : jamais ces images ne semblent volées à l’héroïne. Bien au contraire : Bayonetta se sert des fantasmes masculins comme d’une arme pour castrer les vilains, qui appartiennent le plus souvent au camp des hommes : chaussures géantes, démons-femmes de dix-huit mètres de haut. Durant les mémorables séances de castagne qui parsèment le jeu, la sorcière se venge, arrachant cette imagerie obscène et dégueulasse pour l’utiliser à sa convenance. Nous avons voulu des héroïnes qui nous titillent, nous les mâles ? Soit. Mais alors acceptons que les héroïnes en question écrabouillent toute opposition en talons aiguilles sur fond de musique pop, tandis que nous serrons les jambes très fort, en espérant qu’elles ne traversent pas l’écran pour nous faire un sort, une fois leur aventure terminée.

On me dira sûrement que je me berce d’illusions. Que la majorité des acheteurs continueront à triturer leur manette en gloussant « euh euh euh, elle est bonne ! » Peu importe. Après trop d’années, les femmes ont un Superman. Une héroïne grotesque, absurdement puissante, vivant des aventures à la fois simplistes et emberlificotées.

Une héroïne qui libère.

(et en bonus, le vénérable Moon River massacré par Bayonetta)

(J’avais parlé de Bayonetta 1 ici)

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