Dilettante : Mommy

Parler de Mommy : pas possible ou presque. Commenté partout, tout le temps, dans tous les sens, par des plus talentueux que moi. Xavier Dolan superstar, sa bande-son et ses applaudissements assourdissent tout. J’ai peur. Du coup parler en fragments. Comme toujours.

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Deux heures d’Anne Dorval. Je n’arrive pas à y croire. Je n’avouerai jamais que je l’aime d’amour depuis Le coeur a ses raisons. Anne Dorval me fait hurler de rire, d’un rire total, gentil et bienveillant. Je suis allé chercher cette bienveillance sur l’écran de ciné et je la retrouve. Anne Dorval se donne à Diane, la Mommy du film. Elle l’investit et se laisse posséder. Je n’ai jamais vu un tel respect entre actrice et vie fictive. Diane et Anne se soutiennent mutuellement et créent quelque chose au-dessus. Une femme, une mère, une reine, un clown. Tout passe sur son visage. Jusqu’à cette ultime scène où sa beauté désespérée se fendille pour laisser voir, déjà, la vieille femme, celle qui regrette. Je pourrais passer des heures à regarder les lignes de son visage bouger.

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Kyla me fait peur, je crois qu’elle connaît mon secret. C’est il y a quelques années. Une dispute, une gigantesque. Brusquement les mots, la voix, le son m’échappe. Je n’y arrive plus, je ne sais pas combien de temps ça dure. Les syllabes sortent hachées, détruites façons puzzle. Et je suis sûr que j’y suis condamné pour toujours. Heureusement non. Kyla, la voisine de Diane, si.

J’aime énormément, de toutes mes forces, qu’on n’explique pas le secret de son bégaiement, de sa dépression. Mon cerveau logique et rationnel me hurle qu’elle a couché avec un élève, ce qui expliquerait le collier qu’elle refuse d’ôter. Je gueule à mon cerveau logique de la fermer. Je voudrais être Kyla, je voudrais, l’espace d’un instant, lui emprunter son regard pensif.

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Il y a cette scène où les trois personnages principaux chantonnent et dansottent sur du Céline Dion. C’est un moment effroyablement banal, celui où l’on a un peu trop bu en soirée, où l’on est persuadé que l’on chante comme un dieu. Ce devrait être ridicule et gênant. Ça ne l’est pas. Parce que pendant ce moment-là – c’est l’unique instant où ça se produit dans l’histoire – la mère, la voisine et le môme se soutiennent l’un l’autre, sans rien prendre en retour. Pendant ces quelques instants, je vois trois grands êtres qui superposent leurs ailes brisées pour parvenir à s’envoler, à planer à quelques mètres du sol, à suspendre le temps.

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Je n’aime pas la fin. Moi le junkie de la fiction, le collectionneur d’histoires, je sens la frustration me saisir aux mâchoires à partir du moment où le film recommence à bouger, à raconter. J’étais bien, moi. J’aurais pu passer des heures dans ce quartier paumé. À les regarder, plein phares où du coin de l’oeil. À capter les moments où ça déconne au coin des lèvres de Steve, à attendre que Kyla finisse ses phrases, à pencher la tête sur le côté parce que Diane est encore plus belle comme ça. Je devrais prendre la violence de ce film en pleine gueule, je n’y arrive pas. Tout ce que je vois ce sont ces trois corps, tout ce que j’entends, ce sont ces trois voix. Je n’ai besoin de rien d’autre. Que de croire qu’ils existent. Comme quand en soirée, je me crois le meilleur chanteur du monde.

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