Le métro et la civilisation

18 heures. Retour du boulot. J’ai la fatigue chevillée aux épaules – sciées par mon trop gros sac en bandoulière – et sous les paupières de petites larmes dures, celles qui ne coulent jamais. Celles de la colère, de la frustration, des petites humiliations du jour. Je me fais l’un des innombrables zombies du métro, je préfère. Mort-vivant, ça repose un peu.

Arrêt. Quelques personnes descendent, un strapontin se libère. D’instinct je me déplace vers le siège.

Je ne suis pas le seul.

Trois : mec jeune, costard-cravate, dent très blanches, yeux bleus ; commercial ou truc du genre. Lycéen, survêt crade, trottinette sous le bras. Et moi. Doucement, très doucement, les trois corps entrent en collision. Et un unisson parfait :

« Pardon. Allez-y, je vous en prie. »

Je reviens un peu à la vie. Je plante mes yeux dans ceux du commercial, puis du lycéen. On se reconnaît. On se sourit. Pour pas grand-chose. Juste parce que c’est un moment très doux, très simple et très civilisé. Pas un atome de violence ou d’intimidation. Le lycéen prend le siège parce que c’est logique, nous reprenons nos places, c’est normal. Pendant les deux stations qui restent, quelques regards apaisés. La vie mord un peu moins fort.

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