Portrait : la flammèche

Le précédent portrait était ici.

Je n’ai pas encore compris qui elle était. Même aujourd’hui, alors que je ferme les yeux pour l’évoquer, capturer un détail entre deux lignes. Elle se dérobe. la seule chose qui persiste est son sourire. Jamais, presque, elle ne s’en départit en ma présence. Ces lèvres retroussées, c’est la seule constante. À tel point que j’ai parfois peur de ne pas la reconnaître quand nous nous voyons. Elle est ma soeur d’arme de salles noires et d’écrans tout blanc, on explore tout un tas de mondes ensemble. Souvent c’est elle qui propose le voyage, je dis rarement non.

Le reste du temps, on échange deux trois fragments de nos vies. Elle écoute, toujours en hochant un peu la tête ; un rythme invisible ; deux trois mèches sombres qui marquent la cadence. Et dans le regard quelque chose de perpétuellement amusé. Qui te dit : « ah ouais la vie quand même. » Toute la vie : le quotidien, l’extraordinaire, le boulot, les vacances, l’ennui, le cul, la musique, les autres.

La flammèche s’enthousiasme souvent. Sans affectation, sans calcul. Elle pêche dans la réalité toutes les raisons possibles de rire un peu plus fort. Au début, ça déséquilibre. On se dit qu’on aura du mal à suivre sa danse. Mais finalement, les pas ne sont pas si compliqués. 

Parfois quand on voyage immobiles dans une salle de cinéma, je lui jette un bref regard. Dans ces instants, dans ces instants seulement, elle se cristallise. La tête droite, le menton relevé, petit défi face à l’histoire qu’on nous propose. Et les yeux qui flambent, à en cramer la toile. Un bloc de concentration pur. Qui brusquement se penchera à mon oreille pour frénétiquement chuchoter qu’on ne s’habille pas comme ça quand on est une héroïne, ou que ces couteaux plantés dans les mains, c’est quand même d’un putain de mauvais goût. 

On se quitte comme on se donne rendez-vous : rapidement, un peu n’importe comment, histoire de ne pas user ces moments-là. La flammèche repart en dansant vers ses aventures à elles. Jusqu’au moment où elle m’accordera une autre danse. 

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Une réflexion sur “Portrait : la flammèche

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