Cher Matt : Robbin Williams

(NB : Pourquoi j’écris à Matt Smith)

Cher Matt,

Je suppose que tu as allumé ta télé ce matin – ou que tu viens de le faire, si tu es aux Etats-Unis – et que tu as entendu la nouvelle. Robbin Williams est décédé. J’ai pris la nouvelle dans la tronche à 7 heures du mat’. Tu sais, quand tu te réveilles un peu vaseux. Ton corps est en marche mais pas encore ton esprit. Et justement, c’est la fée Julia Clochette Roberts qui le dit, dans Hook :

« Tu sais, cet endroit
entre le sommeil et le réveil,
…où tu te souviens d’avoir rêvé ?
C’est là que je t’attendrai. »

C’est là que Robbin Williams me dit au revoir. Enfin, juste un signe de la main, hein, on n’est pas si proche. Mais quand même assez pour avoir le nez qui pique. Assez pour regretter cette connerie, encore une fois, que j’ai balancé à ma mère un matin, connerie d’ado de douze ans. Elle vient d’apprendre la mort d’une comédienne qu’elle aimait beaucoup, elle essaye de l’exprimer avec des trémolos dans la voix. Juché sur les opinions que je crois avoir en 6ème, je balance que c’est scandaleux de réagir comme ça alors que des centaines d’enfants meurent tous les jours. Elle me jette un long regard peiné. Elle n’essaye même pas de m’expliquer. Ça n’en vaut pas la peine.

Évidemment qu’aujourd’hui, je comprends Matt. Si tu te faisais bêtement renverser par un camion – tu fais attention, hein ! – j’aurais la même sensation. Une décharge, une sale décharge qui te secoue et puis tout de suite après, une sorte de plongeon dans l’eau glacée, comme pour confirmer : c’est fait, c’est inéluctable. Cette personne – non, ce personnage – que tu as suivi par écrans interposés, cet être aux multiples visages qui te racontait des histoires s’est agrégé à ton monde. Il en est devenu une partie.

Robbin Williams soutient mes années collèges, les années 1990. Avec trois autres acteurs : Christopher Lloyd – accroche-toi Christopher – Agnès Jaoui, et Harrison Ford. Les quatre piliers de ma mythologie cinématographique d’alors. Celle qui se projetait sur l’écran d’un petit cinéma paumé au fin fond du Finistère. Et qui dans ma tête fait la taille de six terrains de foot, tout drapé de velours rouge, un lustre en cristal au mur. Le cinéma qui s’enregistrait sur les grosses cassettes vidéo en plastique noir. Le cinéma dont le grain était plus flou, plus doux qu’aujourd’hui. Plus flou et plus doux. Comme les histoires. Comme les images qui me viennent de ces années-là. C’est ça Robbin Williams, mon Robbins Williams. C’est ça qui tremble, qui se fissure aujourd’hui, Matt. Les histoires deviennent d’un coup plus nettes, plus cruelles aussi. Hook est déjà suranné, le Capitaine Crochet n’est plus assez effrayant, trop pomponné. Les élèves d’un pensionnat anglais sage, manquent de rebellion et de séduction. Quant à Mrs Doubtfire… C’est un film de « transformiste », ils l’ont dit aux infos. Robbins Williams disparaît et ses persona se figent. Comme le Docteur que tu viens de quitter, Matt, comme les rôles que tu laisseras derrière toi.

Robbin Williams, l’homme, est mort et je me dis que ce doit être triste pour sa famille, qu’il a apparemment fini ses jours plutôt malheureux. Son décès m’attriste. Mais ce qui me secoue, c’est ça, Matt. Égoïstement. La perte d’une partie de mon monde. Le sourire de Peter et le « Good morning Vietnam » trop entendu.

Les souvenirs restent, bien sûr. Mais doucement, se figent. Et l’univers vacille.

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2 réflexions sur “Cher Matt : Robbin Williams

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