Version

Les vacances s’étendent. Je contemple l’immensité du temps offert.

Pour le célébrer, j’ai besoin de quelque chose d’absolu. Petit, j’allais me baigner, je me souviens. J’avançais dans l’eau jusqu’à la taille et je me battais contre les vagues. Le poing, le pied contre l’eau qui s’élevait. Éclatait pour se reconstituer derrière moi. Et recommencer une nouvelle passe d’armes. Encore. Et encore et encore. Infatigable. Jusqu’à ce que, les lèvres violettes, j’abdique pour revenir le lendemain.

J’ai changé d’environnement, je n’ai plus le même monde. Aujourd’hui, en juillet et août, je me jette dans les mots. Tout aussi immense que l’océan, je me laisse submerger par Lovecraft. Ses mots albatros grands, trop grands. Horrendous, almighty, dark depths. Old Gods. Insanity profanity. Depuis l’année dernière, je me confronte aux vagues de ses tournures d’outre-monde, je tente de les convertir dans « ma » langue.

Je traduis.

Je ne sais pas bien pourquoi. Peut-être parce que c’est en naviguant au plus près des mots que je retrouve cet infini qui me coupait le souffle quand j’étais gamin. Parce que quand c’est la nuit et qu’il n’y a plus que le bruit du clavier et « Ne me quitte pas » dans le casque – pas la version de Jacques Brel, hein – toutes les amarres sont larguées. Le monde, enfin, se tait.

Jusqu’à ce que les images deviennent trop fortes, jusqu’à ce que je me mette à trembler de terreur devant les maléfices du grand Cthulhu et que je m’arrête, les lèvres violettes.

Pour revenir le lendemain.

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