Portrait : la princesse

   Le précédent portrait était ici.

   « J’ai compris un jour où elle est entrée dans la salle des professeurs. Elle tenait à la main une bouteille thermos et jurait à en faire rougir un charretier. J’ai relevé la tête, elle se tenait dans l’encadrement. Parfaitement au centre. Ce n’était pas réfléchi, pas plus que la main droite, levée à mi-distance exactement entre sa taille et son visage. J’ai dégluti et j’ai compris que c’était une princesse. Elle n’est pas princesse parce qu’elle est blonde, belle ou bien nommée. Une princesse appartient à la noblesse. La noblesse, c’est savoir diriger sur soi les regards. Sans effort apparent.

Et de la noblesse, elle en a à revendre. Que ce soit lorsqu’elle accueille ses invités, toute de blanc vêtu dans ce qui serait pour toute autre qu’elle, un désolant déguisement. Ou quand elle se met à rire, dans la voix et les yeux la même flamme. Ou même quand elle imite un môme, en toute bouffonnerie, clown aristo. Parce que oui. C’est une princesse, mais une princesse qui salit ses chaussures blanches à crapahuter à travers le globe, une princesse qui se marre, qui fait des blagues de cul, qui gueule quand il faut.

Et même lorsque la fatigue tire sur son visage, qu’une moue épuisée joue au coin de ses lèvres, sa noblesse, toujours, reprend le dessus. Elle se redressera très vite, ou ce sera sa voix qui s’élèvera, une voix sonore sans jamais être forte, une voix qu’on écoute parce que c’est évident. Personne ne semblera jamais le remarquer, mais si les têtes cessent de dodeliner dans une assemblée, si les visages à nouveau s’animent, si les pensées s’éclairent, c’est grâce à elle. Elle a le triomphe royal, donc modeste. Jamais elle ne demandera à être remarquée. 

Parfois nous échangeons des confidences. Et elle déroule sa vie d’Altesse avec simplicité, calme et franchise, ses combats et ses instants de paix. Elle ne ment ni ne simule, à quoi bon quand on est une princesse ? Son discours est à son image, précis et élégant. 

Je connais une princesse. Quelqu’un qui donne sens à la vue. »

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2 réflexions sur “Portrait : la princesse

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