Merci pour le féminisme, Princesse Leia

Aujourd’hui, il paraît que c’est plus ou moins le jour de célébration de Star Wars. Ça te dit que je te raconte une anecdote à propos de ce film ? On est parti, tu restes avec moi hein ?

Chez mes parents, pendant très longtemps, il y a eu une étagère IKEA blanche toute affaissée sur elle-même. Vous savez, celles dont le laminé se rétracte au bout d’un moment et qui ont l’air froissées. C’était l’étagère des cassettes vidéo. Je crois qu’on peut en apprendre davantage sur moi en parcourant ces machins en plastique qu’en se procurant mes papiers d’état-civil, mon dossiers à la NSA ou, pire, mon profil facebook.

Des bandes magnétiques qui ont tourné un nombre incalculable de fois dans les magnétoscopes familiaux. Gene Kelly qui danse autour de l’Aston Martin de James Bond, tandis que les Demoiselles de Rochefort s’invitent aux Douze Chênes en compagnie de Scarlet O’Hara, où attendent déjà Dorothy et K..Kkkk..Ken.

Et puis, évidemment, il y a Star Wars, qui sur les étiquettes blanches, était nommé La guerre des étoiles. 

Je ne pourrais pas expliquer précisément combien il y a de cette galaxie lointaine, très lointaine dans mon ADN. Peut-être est-ce là que j’ai découvert ce qu’était le souffle épique, qui m’a porté ensuite vers les grandes épopées, les milliers de pages que je n’ai plus quittées. Peut-être aussi les grands archétypes, le Bien le Mal, montrés clairement, c’est important à six ou sept ans. Sans Star Wars, je n’aurais pas mis le doigt dans les produits dérivés, et n’aurais pas rencontré le personnage de fiction qui m’a fait comprendre que oui, j’allais écrire. Sans m’arrêter, tout le temps et dans tous les sens. L’un de mes deux mentors imaginaires.

Mais ce dont je suis sûr, c’est que le plus important, ce fut ma rencontre avec la princesse Leia.

Jusque là, les filles dans les histoires, c’était pour moi des présences très éthérées. Les reines et les fées, les blondes en maillot de bain qui chantaient sur la plage et ne souriaient qu’à Sean Connery, faut pas déconner non plus. Arrive la princesse Leia. Déjà, la princesse Leia a un corps. J’ai six ans d’accord, mais je m’en rends bien compte, qu’échapper aux troupes impériales empêtrée dans une tunique blanche et des cheveux en macarons, c’est pas évident. La princesse Leia est forte, courageuse et intelligente, mais elle est humaine. La preuve, elle n’est pas de ces créatures sculpturales qui passent une robe de soirée pour un oui ou pour un non. Lorsque la porte se referme pudiquement alors qu’elle s’apprête à être torturée par les troupes impériales dans A new hope, je reste bouche bée. On ne fait pas ça aux princesses. Les princesses attendent en haut des tours pendant que les vilains gardes patrouillent. Mais pas là. Dans Star Wars les princesses sont humaines, et en chient. Pigé.

Pas seulement. Dans Star Wars, les princesses peuvent tout faire. Comme forcer leurs débiles de chevaliers servants à plonger dans des égouts pour les sauver, se moquer des grands méchants ou même transpirer tout ce qu’elles peuvent en étranglant de grosses limaces baveuses.

Aaaaaah la strangulation par Leia de Jabba the Hutt.

J’ai six ou sept ans, je sais déjà que le meurtre ce n’est jamais la solution. Mais cette fois. Cette fois j’ai senti pour la première fois un sentiment de colère bouillir en moi. Quand ce patron du crime dégueulasse a osé habiller la Princesse Leia avec un bikini en métal qui doit faire super froid sur les nénés. On ne traite pas les filles – non, on ne traite PERSONNE – comme ça. Il sait quoi, lui, d’abord, de la Princesse Leia ? Il l’a vu diriger la rébellion ? Il l’a vu préparer l’évacuation d’une armée entière tout en s’occupant de ses soldats ? Il est au courant qu’elle doit sauver la galaxie avec ses amis ? Alors quand la princesse étrangle la limace  – au cours d’une scène qui comporte un plan à la fois super suggestif et très ironique – je ne peux m’empêcher de jubiler. Ben ouais. Les femmes, les reines les princesses ne sont pas plus de petites choses fragiles que leurs comparses masculins, elles peuvent terminer le boulot à la chaîne, en ahanant sous l’effort. J’en regrette presque que Leia n’accompagne pas son frère affronter l’Empereur de la Galaxie, je suis sûr qu’elle l’aurait tarté sévère.
La dernière bataille me donne tort. Leia se bat au côté des autres rebelles vêtue d’un uniforme de camouflage. Semblable à tous les autres hommes et femmes. Ni plus ni moins, elle accomplit la même tâche que ses camarades.

J’ai six ou sept ans et je pige. Qu’on peut qu’on doit attendre la même chose d’une fille que d’un garçon. Que les différences ont à voir avec les personnes. Je pige et ça me restera toujours. Tout ça parce que dans une galaxie lointaine, très lointaine, sur une étagère Ikea, j’ai croisé la princesse Leia Organa d’Alderaan.

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2 réflexions sur “Merci pour le féminisme, Princesse Leia

  1. VOUS EN AVEZ EU DE LA CHANCE !
    Ça y est l’écrivain, les dessinateurs de bandes-dessinées et les cinéastes ont rangé leur matériel de (ré)création et enfin Jane et Tarzan vont passer une première nuit seuls …
    Tarzan s’active de toute sa superbe nature bandée dans l’effort mais bientôt Jane le repousse et lui dit – avec toute sa gentillesse bandée dans l’effort … enfin euh … bref gentiment – que ce n’est pas dans son nombril que le beau mâle doit lui introduire son sexe…
    Tarzan réfléchit rapidement (pléonasme diront les esprits simples) et proclame cette superbe phrase, d’un point de vue syntaxique s’entend : » Tarzan homme fort, Tarzan faire son trou tout seul ! »
    C’est dans la grasse hilarité qui suivait invariablement l’énonciation de cette comptine lors des réunions de famille à l’heure où il aurait été prudent de vérifier qu’on avait envoyer les enfants se coucher, que se sont structurées mes premières interrogations sur le genre féminin et masculin …
    Si ça n’est pas par le nombril, alors par où ?
    Puisque les enfants sortent par le nombril (ma prime éducation sexuelle a dû manquer de précision) de la maman, pourquoi ça ne commence pas par là ?
    Puisque ce sont les mamans qui donnent naissance aux bébés, est-ce que ça veut dire que Martine (ma prime éducation littéraire a vraiment manqué de diversité) un jour deviendra une maman ?
    Pourquoi dans les livres de Martine, voit-on toujours la culotte des filles et jamais celle des garçons ?
    Cette dernière question n’était pas un reproche mais déjà une préoccupation (celle de regarder sous les jupes des filles comme dirait un chanteur allomamanbobo).
    Les grandes questions sur le féminisme ont dû attendre une autre figure emblématique de mon univers fictionnel : Fifi Brindacier…
    Question de génération sans doute, question de culture familiale également.
    Tout ce long préambule pour vous dire que mon cheminement intellectuel autour du Bien et du Mal, autour du genre et du féminisme a été moins épique et vraisemblablement plus long que le votre.
    J’en développe un léger dépit, voire même une pointe de jalousie de ne pas avoir eu à la disposition de mon esprit enfantin un porte-drapeau, un repère, un phare aussi éclatant que Princesse Leia.
    Il est paraît-il impossible d’être et d’avoir été.

    Oui mais,
    pourrai-je m’en remettre ?

  2. Pingback: Revue de presse #8 | Undecorated Wall

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