La PMA, Versailles et les enfants de la pénombre

A l’attention du Tribunal de Grande Instance de Versailles,

Merci. Franchement, sérieux, vous avez toute ma reconnaissance. Reconnaissance teintée d’une petite pointe d’étonnement, je ne vous le cacherai pas. Jamais je n’aurais cru que la justice de mon pays ferait autant cas des homosexuels hommes amateurs de drames en tout genre (pour les mécréants : des drama-queens).

Je m’explique.

Le mardi 29 avril 2014, comme cet article l’explique parfaitement, vous avez débouté une demande d’adoption d’un enfant par la conjointe de la mère biologique dudit enfant. Vous avez appuyé cette courageuse décision sur deux points.

1. Vous avez décrété que, je cite « « le procédé qui consiste à bénéficier à l’étranger d’une assistance médicale à la procréation (AMP) interdite en France, puis à demander l’adoption de l’enfant, conçu conformément à la loi étrangère mais en violation de la loi française, constitue une fraude à celle-ci et interdit donc l’adoption de l’enfant illégalement conçu« . Ça, j’y reviendrai dans un instant, mais je passe au 2, qui est tellement plus croustillant.

2. « Établir une distinction entre les couples homosexuels hommes, pour lesquels le recours à la gestation pour autrui est pénalement répréhensible, et les couples homosexuels femmes qui ont physiologiquement la possibilité de mener à bien une grossesse serait de nature à porter atteinte au principe d’égalité devant la loi ».

En gros, si vous avez interdit cette demande, c’est parce que les vilaines lesbiennes avec des ovaires et un utérus, elles font rien qu’à tricher, et elles peuvent avoir des bébés par tout un tas de moyens pas très légaux, alors que les messieurs qui aiment se faire l’amour entre eux, ben ils peuvent pas. Du coup ça risque de les traumatiser et, par ricochet, de causer une baisse désastreuse dans le chiffre d’affaire de chez Abercrombie et Fitch. On m’aurait dit un jour que mon bien-être mental était une telle préoccupation pour la justice de mon pays, ben j’en aurais versé des larmes dis donc. Mais hélas, comme je suis rien qu’un empêcheur de danser en rond, je vais me permettre une remarque.

Le fait que les lesbiennes puissent physiologiquement procréer et pas les gays ne cause pas chez moi le moindre soupçon de rancoeur, même en cherchant bien, longtemps et en profondeur, action dont j’ai l’habitude vous pensez bien. Même si, je l’avoue, voir un couple de femmes homo en train de faire un môme me chagrine terriblement. Mais pas du tout parce que je les imagine en train de me danser autour habillées en sorcières en ricanant « hi hi hi toi tu peux pas ! »

Non. Je suis triste, très triste, parce qu’actuellement, en France, concevoir un enfant est une épreuve herculéenne (xena-ienne devrais-je dire) pour certains citoyens. Actuellement, en France, il y a des femmes qui dans leur tête, dans leur ventre et dans leur futur, veulent un enfant. Des femmes qui ont pensé à ce môme, qui sont prêtes à beaucoup pour lui donner consistance. Des femmes qui ne peuvent pas le faire sur un coup de tête, comme ça, par accident. Des femmes qui le veulent tellement qu’elles sont prêtes à y mettre leur énergie, leur fric – ben oui, faut le dire – et la stabilité de leur couple. Des femmes qui y ont pensé, qui ont retourné la situation dans tous les sens. Des couples qui offrent à ce bébé à venir à la fois le désir et la rationalité, une rationalité bien supérieure aux slogans des excités qui nous ont hurlé dans les oreilles il y a quelques temps.

Mais ce bébé à venir, cette vie potentielle, elle sera conçue dans l’obscurité. Là où c’est plus ou moins légal. De l’autre côté d’une frontière, là où c’est un peu gris et où la Justice peut choisir ou pas d’abattre son épée. Arbitraire. Ce môme, ce sera celui de l’espoir et puis aussi de l’angoisse, de la fatigue, du « cette fois ? Pas cette fois ? » La Justice qui se fait mur mou. Qui des fois admet ces enfants de la pénombre, des fois non. Parfois filles et fils d’une femme, de deux, de personnes. Cette Justice qui n’a pas le courage de se regarder. Qu’elle dise oui, qu’elle dise non, la Justice, qu’on l’acclame ou qu’on se révolte, mais qu’elle soit ce qu’elle doit être : un principe concret, auquel on peut se référer. Pas cette eau de vaisselle qui permet toutes les interprétations.

Ce qui est sous-jacent dans cette situation, c’est la maladie du monde politique. La loi sur le mariage homosexuel est un demi-succès ou un demi-échec, suivant le camp dans lequel on se place. Et en tant que tel, elle ne peut satisfaire personne. Vous pensiez quoi, vous qui avez réfléchi à ce projet ? Que, de joie de se voir un droit élémentaire reconnu, on s’amputerait de nos désirs d’enfants, on ferait une grande cérémonie de ligaturage des trompes lesbiennes ? Vous ne pouvez pas lancer un droit comme un bout de bidoche en espérant qu’on s’en satisfasse et qu’on s’en retourne se dandiner sur du Mylène Farmer.
Ce qui est sous-jacent dans cette situation, c’est l’odeur de peur. Ça pue, la peur. Ça pue la crainte des manifestations qui risquent de reprendre si on parle PMA, les slogans, les médias qui hystérisent à coups de communiqués par vérifier. Ça sent fort les égéries qui lancent leurs discours devant des foules qui, parfois craignent. On est prêt à beaucoup pour ne pas subir tout ça. Comme de laisser un combat inachevé, une blessure sans traitement. Ca s’infecte. Forcément ça s’infecte.

Ça s’infecte et ça crée ces enfants de la pénombre, de plus en plus nombreux. Des individus encore fantômes et déjà marqués par cette justice trouillarde, pusillanime, dont des individus peuvent s’emparer pour exprimer des intérêts particuliers.

Ô mon pays, ont-ils le droit à l’existence, ces enfants, où doivent-ils rester dans la marge, avec leurs mères, leurs pères, leur vie ?

Je t’en supplie. Je veux juste un peu de clarté. Je veux juste que ces enfants deviennent, comme tous les autres, des enfants qu’on accueille, que l’on protège, que l’on nourrit, aux côtés de leurs parents. Je veux juste qu’ils soient des enfants de la lumière.

Courage.

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