Rififi à Moulinsart

(NB : Ce billet traitant de la BD Tintin et ne souhaitant pas avoir les avocats des éditions Moulinsart aux fesses, j’ai opté pour l’image d’une girafe, qui est mon animal préféré, entre autres parce qu’elle ignore la définition du terme avocat pénaliste. Et aussi parce qu’elle ne regarde probablement pas TMC)

À l’attention des Éditions Moulinsart,

Je m’appelle Tryphon Tournesol, je suppose donc que vous me connaissez. J’ai été crée par l’auteur de Bande Dessinée Georges Rémi, alias Hergé, dont vous exploitez actuellement les oeuvres. (et je me permettrai de dire que, en cette occasion, le terme d’exploitation me semble tout à fait approprié) Et je vous écris pour vous faire part de mon mécontentement quant à vos agissements de ces dernières années. Ceux-ci n’honorent en rien la mémoire que vous dites défendre et, pire encore, vous couvrent de ridicule.

À la lecture de cette présentation, vous secourez la tête en me traitant d’imposteur. Jamais Tournesol, le gentil Tournesol toujours dans la lune – parfois littéralement – ne s’exprimerait en ces termes. C’est que voyez vous, il vous manque une partie de l’équation. Dans ces lignes, je suis aussi pour moitié le fruit de l’imagination de Monsieur Samovar, propriétaire de ce blog (il m’a expliqué ce qu’est un blog, je dois dire que je trouve le concept tout à fait passionnant, je demanderai à Tintin de m’en créer un à l’occasion). Et pour Monsieur Samovar, moi, Tournesol, je suis un esprit non seulement d’une intelligence rare, mais également perspicace, vigilant, aux limites de l’humain. Afin de ne pas effrayer les gentils dingues chez qui j’habite à titre gratuit, je cache tout cela sous un autisme léger et très reposant. Il faut dire que la surdité, ça aide. Mais ne vous y trompez pas. Je comprends. J’analyse, j’enregistre en permanence. Hypermnésie.

Et ça peut vous faire grincer les molaires, c’est comme ça. Je suis l’un des Tournesol de la légion innombrable. Je me balade aux côtés des milliards de Tintin dont, oui, certains couchent avec le Capitaine Haddock (chez M. Samovar, on trouve ça ridicule, je précise), des multiples Castafiore, dont au moins l’un de vos lecteurs l’a imaginée transsexuelle.

Vous n’y pouvez rien. Parce que ça n’a rien à voir avec vous. Mais enfin, je suppose que vous le savez, vous avez déjà ouvert un livre autre que les BD de Tintin, du moins j’ose l’espérer.

Le problème, c’est bien entendu l’ouverture des boîtes crâniennes.

Dans les années 70-80, bien sûr, c’était facile. Les milliers de lectures possibles restaient sagement confinées dans les neurones des amateurs de BD ou, au pire, s’étendaient dans les conversations privées de trois ou quatre ahuris. Et quand un livre sortait sur votre relique, c’était facile à repérer, commenter, interdire.

Boum (oui, ce Tryphon Tournesol dit boum) arrivent les années 2000, Internet, et un voyage tout aussi exaltant que celui vers la lune. Les interprétations, belles ou moches, pertinentes ou ridicules se déversent d’un ordinateur à l’autre. C’est l’avalanche de sable. Et vous voilà, raides comme la justice, à tendre les mains vers les milliers de grains de sable qui se déversent, en espérant les retenir entre vos doigts. Et de vous rengorger d’avoir causé des ennuis à un auteurs, d’avoir défendu la « neutralité idéologique » de nos aventures… Quand je connais des lecteurs, quand je connais des lectures qui voient dans nos pérégrinations des réflexions d’une profondeur admirable.

Si on vous en donnait le pouvoir, vous plongeriez jusque dans la cervelles des tintinophiles, vous en trépaneriez les idées trop fantaisistes, vous instaureriez une lecture balisée, bornée, morte-vivante en un mot.

Il faudra vous y résigner. Vous avez déjà perdu cette bataille, peu importe la façon dont vous déploierez vos cohortes d’adjudicateurs. Vous l’aviez perdu avant même de l’entamer. Vous l’aviez perdu en ne comprenant pas la force de l’univers d’Hergé. En ne lui accordant pas votre confiance. Le petit reporter en pantalons de golf, l’alcoolique colérique et moi-même sommes des mythes. On ne nous défigurera pas plus qu’Athos, Porthos et Aramis ne ressortent salis de lamentables adaptations cinématographiques. 

Cessez ce combat d’un autre temps qui débouche sur de petites procédures glauques. Vous gardez une chambre vide. Nous nous sommes déjà enfuis.

Bien cordialement.

Tryphon TOURNESOL

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