Portrait : prisme

Le précédent portrait était ici. Et même si c’est tarte, j’ai envie de recommencer, parce que je croise trop de gens exceptionnels pour ne pas mettre des mots dessus. (Quiconque arrive à se reconnaître gagnera toute ma considération et une tarte à la mélasse, dès que j’aurais compris c’est qu’est exactement la mélasse)

« Ce visage est un labyrinthe. Dans lequel les yeux se perdent, les mots s’étiolent, les questions s’asphyxient. Ça vient peut-être de son regard. Perçant, clair à travers la paroi des lunettes, trouble à découvert. Mais jamais perdu. À l’affût. Ça vient peut-être aussi du sourire qui oscille. Les lèvres s’étirent jusqu’à effleurer la sincérité, mais n’y touchent jamais. Émotions en demi-teinte, comme par prudence : ne pas trop en dire, la joie reste voilée, la moquerie se dérobe. Presque à chaque fois : il y a quelques instants où les iris s’éclairent, où la géographie régulière des traits se modifie. Ça ne dure pas longtemps, c’est un météore. Très vite le labyrinthe se reforme.
Dans la voix également : le timbre égal, doux, se joue des interprétations ; il faut tendre l’oreille pour en percevoir les intonations, être un lecteur vigilant pour lire entre les lignes des notes ténor. Seul le rire, un rire qui ne s’impose pas, un rire chaleureux et bienveillant, reste explicite.

À l’opposé : le corps. Il est l’un de ceux, l’un des rares, qui a appris à l’occuper pleinement. À apparaître. Les mouvements comme des rouages d’horloge, la mécanique du corps. Admiration, bien sûr, pour ceux qui parviennent à ce prodige, plus encore parce qu’il est grand. Ses gestes s’inscrivent dans l’espace, chacun a son importance, chacun à sa place. C’est un vrai travail. Permanent. Parce que parfois la tension se relâche, au creux d’un fauteuil, à l’appui d’un mur. Apparaissent les bras, les jambes, la nuque, un peu décalés, plus tout à fait alignés. Et alors on voit. Tout le talent, toute la vigilance qu’il faut pour occuper ces grandes enveloppes brouillonnes, pour y dessiner sur le canevas de virtuoses arabesques. 

Il est l’un de ceux au travers desquels la réalité ne peut se contenter de passer. Comme un prisme il la capte, la manipule et en joue. Existe. »

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4 réflexions sur “Portrait : prisme

  1. Je me pourlèche les babines à l’idée de goûter votre tarte et je sens que mon ogresque appétit va encore être décuplé dès que je saurai ce qu’est la mélasse. Je suis le.
    Si je devais dessiner le labyrinthe de mon visage, ma boîte de crayon de couleur n’y suffirait pas. Non je ne suis pas de ces visages ravinés où les rivières de larmes et de douleurs sont devenues torrents, je ne suis pas comme un désert de rocailles cuivrées, ni même couleur des dunes de Merzzouga, je suis le. Ma géographie labiale n’est pas lunaire, ni cirques ni mer de la tranquillité. Les éruptions silencieuses me retiennent loin de toute sensibilité, de toute vérité. Je suis le.
    Ténor je suis et le regret de ne pouvoir chanter les mots copiés d’amour de Balavoine. Feu Balavoine, feu de bal avoine, j’ai appris à rire à l’ombre d’une école de commerce, ou bien était-ce un prétoire, un lavoir, un théâtre ? Sincérité garantie de l’obscure clarté de mes éclats. Je suis le.
    Et j’y habite. Entièrement. oui je suis grand mais on dit surtout gros. C’est comme ça quand vous êtes grand … et gros, on dit de vous seulement gros. Je sais que mes histoires habitent en moi comme en Catherine Z. Il y a celui qui sait compter, le gros Louis, les sangliers, Paris en charade, le chien qui remue la queue, mais pourquoi, bon sang pourquoi ? Il y a la crème brûlée, la crémaillère, la cousine du Pape et le manteau de fourrure de Jean-Paul. Il y a toutes mes articulations qui abritent tel ou tel personnage, telle histoire avec son wagons d’images en mots, il y a la danse qu’ils m’imposent, le ballet de leurs convictions, la souplesse comme la rouille qui me relient à toutes ces extrémités de moi. Ils vivent en moi, ils vivent moi, ils me vivent, moi qui suis le.
    Secret énigmatique

    Je savoure une tarte à la mélasse et je ne sais pas si c’est bon ?
    Je savoure l’inexplicable, le mot punk et les Rangers cloutées
    Je suis le.

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