Pas sur les pages

Bon, là, vous commencez sérieusement à me chauffer.

Oui, vous, là, les défenseurs d’une vague idée de « la famille », qui squattez colonnes de journaux et écrans avec une persistance de cancrelat. Groupuscules difformes aux revendications aussi creuses que délirantes : retraits de lois, une par jour, destitution d’un président qui n’a pas l’heur de vous plaire et maintenant, constitution d’un ordre moral qui vous convienne. Je ne dirai pas retour, parce que vous vous réclamez nostalgiques d’une époque inexistante.

Jusque là, c’était facile de se marrer. Vous étiez grotesques. Là, vous gagnez six niveaux d’un coup et vous passez carrément au sinistre. Depuis ce moment-là en fait. Je cite le site du gouvernement, qui me semble assez fiable, au niveau de ses sources (pas autant que Paris Match, mais vous savez ce que c’est…)

« Près d’une trentaine de bibliothèques publiques ont fait l’objet, ces derniers jours, de pressions croissantes de la part de groupuscules fédérés sur internet par des mouvements extrémistes qui en appellent désormais à la lutte contre ce qu’ils appellent les « bibliothèques idéologiques ».

Ils se rendent dans les bibliothèques de lecture publique, exercent des pressions sur les personnels, les somment de se justifier sur leur politique d’acquisition, fouillent dans les rayonnages avec une obsession particulière pour les sections jeunesse, et exigent le retrait de la consultation de tout ouvrage ne correspondant pas à la morale qu’ils prétendent incarner. »

Et vous savez quoi ? Ne me fondant pas sur une seule source, je suis allé jusqu’à mettre en danger le contenu de mon estomac en allant vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une allégation mensongère de cette vilaine dictature socialiste que vous abhorrez tant même si, comme le souligne une talentueuse blogueuse, le simple fait qu’on vous laisse perpétrer de tels agissement souligne, s’il en était besoin, le fait qu’on est dans une démocratie 100% pure beurre. Je sais, c’est ballot.
Ah oui, nous en étions à mes troubles digestifs. Je suis donc descendu dans votre salon beige, que je ne lierai pas ici, dans lequel, le 6 février, vous expliquez que des lecteurs « explorent » les bibliothèques et y trouvent donc des ouvrages immoraux, cherchant à convertir nos chers petits au « gender » (terme qui revient avec une affolante régularité lors de vos diverses publications.)

Bon, avant de m’énerver, je tiens à dire que je trouve le terme « d’explorer » les bibliothèques délicieusement pertinent, notre ami le Larousse rappelant que le premier sens du mot implique l’idée de visiter un lieu mal connu… Il me semble que si ces endroits vous étaient un peu plus familiers, vous ne vous commettriez pas dans des grotesqueries pareilles.
Et tant qu’on est dans le vocabulaire, il vous emmerde, hein, le « gender » ? Ce truc que, malgré toutes vos tentatives, vous ne parvenez pas à traduire d’une façon qui soit suffisamment manipulable… Ben oui, « étude du genre », qui en est le terme le plus proche, ça ne fait pas peur, c’est trop transparent… Alors on s’en tient à la langue de la perfide Albion, un truc qui vient de par là, c’est forcément mauvais.

Tout ça à la limite on s’en fiche. Ce ne sont que deux incohérences à rajouter à une pile qui doit atteindre les proportions de la pyramide de Khéops.

Mais vous en prendre aux livres.

Donc laissez-moi retracer le fil de votre pensée.

Vous vous réveillez un beau jour, manifestants pour tous, hommen ou je ne sais pas quoi encore et vous vous dites que, oh mon dieu, les bibliothèques sont devenues, depuis l’élection du nouveau président, des lieux de propagandes sodomite ! Vite, courrons dans les rayonnages et allons empêcher des bibliothécaires de bosser avec des questions neuneus du genre « le représentant qui vous a vendu « Tango a deux papas » portait-il du rose ? »

Oui bon. Je vous explique.

Il est probable que, au vu de leur date de publication, les livres que vous conspuez étaient sur les étagères avant que le despote-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ne s’empare du pouvoir hein. Donc peut-on savoir exactement quand de simples « bibliothèques » sont devenues ce que vous nommez des « bibliothèques idéologiques » ? Je précise à nouveau que ce terme n’a absolument aucun sens, vous auriez à la limite pu parler de « bibliothèques au service d’une idéologie. »
J’imagine que vous vous demandez pourquoi, depuis le début de ce billet, je vous emmerde avec des précisions sémantiques. Je vous rassure, on est en plein dans le sujet.

Le sujet, c’est votre tentative d’obscurcir.

Obscurcir vos objectifs, en agitant vos néologismes à deux roupies : « gender », que j’ai déjà évoqué, « familiphobie » (c’est quoi le concept, les forces de l’ordre tirent à vue quand un môme et ses parents hétéros passent dans la rue ?), « lobby gay » (mais de grâce, donnez-moi l’adresse, je veux voir à quoi ressemble leur cachette et surtout, pouvoir remplir ma carte d’adhésion, qui me donnera tout un tas d’avantages, que ce soit un boulot honteusement surpayé ou des backstages aux concerts de Lady Gaga) et j’en passe.

Obscurcir votre combat en multipliant les groupuscules qui s’y rattachent. Entre celles qui essayent de relancer le bonnet phrygien (so 1789), ceux qui regrettent les Village People, les mémés à vision et les requins de la politique, tout ce qu’on entend, c’est une colère dégueulasse et générale, une colère « tous pourris ». Le genre qui attire des gens, peu importe leur obédience, après tout, ça n’est pas si grave, ça grossira les rangs des manifestations et après… ma foi dieu reconnaîtra les siens.

Et maintenant, et surtout, obscurcir la connaissance. Vous en prendre aux bibliothèques, vous en prendre à la connaissance, vous en prendre à la culture. Qui vous a nommé gardiens de la morale publique ? Une loi existe depuis 1949 , bien avant que les socialos ne bourrent les urnes et ne s’emparent du pays. Se targuer du bon sens pour censurer certains ouvrages, c’est un peu court.
Vous êtes sinistres. Parce que votre bon sens, parce que votre morale n’a plus aucun fond, plus aucune structure. Elle hurle et s’épouvante de tout et de rien, sans savoir pour quoi. Vous n’avez aucun projet pour, vous n’êtes que dans la négation. Le refus d’accepter le monde pour ce qu’il est, intégralement, et d’accepter que certains de ses aspects ne vous plaisent pas.

S’en prendre aux livres en est l’exemple le plus parfait.

Alors continuez à exprimer votre colère, votre frustration. Hurlez jusqu’à ce que vos poumons soient vides, que votre tête soit enfin débarrassée de cette peur de je ne sais pas bien quoi. Mais ne franchissez pas cette limite-là, placez à cet endroit-ci les bornes de la décence, ce mot que, là aussi, vous employez à toutes les sauces.

Ne touchez pas aux livres.

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5 réflexions sur “Pas sur les pages

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