Soirée série, RER style

Dans la famille le destin ce petit rigolo, je voudrais ce soir.

Faut dire que je l’avais un peu cherché. Durant mes heures de cours de Cinquième, on étudie comment, après avoir accompli de bonnes actions, le chevalier Yvain s’en trouve toujours – et inexplicablement – récompensé, ce qui montre que oui, dans la vie, faut être gentil et serviable, c’est comme ça.
Baignant après ce cours dans une bienveillance 100% glucose, j’accepte sans me méfier la demande d’une collègue de la remplacer à une petite réunion minuscule d’un quart d’heure après les cours.

Mouais.

Sauf que durant ce fameux quart d’heure, le destin, justement, décide de provoquer une pagaille sans nom le long de la ligne de RER qui me ramène habituellement dans mon petit havre de paix. Le quai de la station de train fait assez refuge pour survivants d’une attaque de zombie, un petit relent bien sympathique d’anti-fonctionnariat en plus « les chauffeurs de la RATP, ces grosses feignasses », « pas foutu de faire partir leurs trains à l’heure », « vivement les prochaines élections ».

Pas particulièrement désireux de faire monter mon compteurs de mauvaises ondes, je m’enfonce mon casque sur les oreilles (regrettant l’époque où l’on ne m’avait pas encore expliqué que les oreillettes intra-auriculaire, c’est le mal) et fouille dans les vidéos présentes sur mon téléphone, vu qu’on est apparemment là pour un moment.

N’ont échappé à une récente frénésie de rangement que deux épisodes d’une série riche en guimauve, en chansons et en autotune, que je commence à zieuter avec un plaisir coupable mal dissimulé. Après quelques minutes, mes sens d’enseignants aiguisés par les stratagèmes de plusieurs générations d’élèves retors me signalent que l’on observe par-dessus mon épaule. Je me retourne pour voir un djeunz à casquette et un mec en trench-coat bizarre détourner la tête d’un air dégagé.
Me rappelant ma résolution de début d’année de rendre ma vie beaucoup plus bizarre, je me tourne vers les deux types et leur demande s’ils veulent voir la suite avec le son. Le djeunz acquiesce en ouvrant des yeux ronds, l’autre ne dit rien. Je me recule dans un coin, pas très loin du distributeur de bonbons, retire mon casque et reprend la diffusion de la vidéo. Notre petit groupe se trouve rejoint par une nana avec des bouts de laine violets dans les cheveux. On s’empile à quatre devant le micro-écran, qui crachote un son dégueulasse, à rigoler à contretemps devant des blagues qu’on ne comprend pas en même temps où qu’on a déjà vu.

Florilège de commentaires pendant ces quartante et quelques minutes :

– Wesh le vieux survêt ! Elle peut pas porter ça, ça fait pitié ! (une victime de la mode)

– Ah c’est un truc où ça… ça chante en fait. (un adepte des lapalissades)

– Lui je l’ai pas vu dans Game of Thrones ? (un fan)

– Il est un peu gay le type là non ? (un perspicace)

On est quatre à se serrer devant un micro-écran, peut-être un peu plus, je regarde plus trop autour de moi. Je rigole juste doucement. Et pas qu’aux blagues sur l’écran.

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