Chère Christine

Christine, ma chère Christine.

   Avant toute chose, je tiens à te remercier. Tu as bazardé en une phrase des années d’anxiété, d’angoisse et de complexes. Des heures passées devant le miroir à guetter les boutons d’acnée, puis les rides, des décibels perdus à me lamenter devant mon absence totale de talent pour marier une chemise et un pantalon… Tout s’est évaporé lorsque je t’ai entendu l’autre jour : les gays sont à la mode.

Joie, bonheur et exaltation.

Moi qui pensait qu’il fallait s’appeler Anna Wintour ou Nabilla pour influencer la planète ébahie, je me trompais : il suffit d’aimer les filles si on a des nénés et les garçons si on a un zizi.

   Et puis j’ai réfléchi… j’ai réfléchi et l’euphorie à cédé le pas à l’angoisse. Les gays sont à la mode… Ca voudrait dire qu’on est mainstream ? Que le gay se porte partout et en toute occasion ? Trouverons-nous bientôt des menus gay chez Macdo, Georges Chaulet va-t-il ressusciter pour finalement outer Ficelle et Boulotte qui passeront devant le maire de Framboisy pour officialiser leur union ?
Mon côté hipster s’indigne. Parce que tu le sais, Christine, nous les gays, on n’aime rien faire comme tout le monde. Rassure-toi, je ne vais pas parler de nos comportements dans la chambre commune – je ne voudrais pas qu’il t’arrive la même chose que lorsque tu fus aspergée de gaz lacrymogène par la milice de cet état fasciste dans lequel nous vivons – mais de notre comportement au quotidien.

   Je pense aux jeunes gens pour commencer. Tu sais, chez les hétéros, quand un garçon et une fille s’apprécient, ils se voient, s’embrassent, se présentent à leurs amis, leurs parents, passent leur vie scotchés l’un à l’autre ou peu s’en faut. Eh ben figure-toi qu’on trouve ça trop grand public nous. La majorité des ados gays préfère pratiquer les sentiments dans la clandestinité. Ne pas trop afficher en public leur attirance pour une personne quelconque, des fois que ça se voit. On pousse même l’excentricité jusqu’à parler de nos sentiments à nos parents la boule au ventre. En crevant de peur à l’idée de leur réaction. On est super décalés comme ça, Christine, quand on se révèle homos, la plupart d’entre nous se sent comme de couper le fil rouge dans les films d’action. Y a des chances que ça pète et que l’explosion nous ampute. Dément hein ? Ca me gonflerait que les hétéros commencent à nous piquer ce fun !

Et bien sûr ne parlons pas de ce fleuron de notre culture gay : notre propension à être définis uniquement par notre sexualité. Merde quoi ! Je vais devoir subir des repas dans lesquels j’entendrai : « Je t’ai jamais parlé d’Amandine ? Mais si, ma collègue des RH. C’est une hétéro super sympa. Et elle adore faire la fête, évidemment. » Ou pire encore, quand Bernard, marié depuis onze ans, se plaindra à son patron de ses conditions de travail, on osera lui répondre : « Ca va avec vous les hétéros, on peut pas faire une remarque sans être taxé d’hétérophobie ! » Merde à la fin ! Tu sais à quel point on a dû batailler pour être traités de la sorte ?
Je te jure que le jour où je croise une fille à hétéros dans la rue, je lui casse la gueule. En ton nom.

   Mais bon, je pense que ni toi ni moi ne devrions trop nous inquiéter. Tu sais bien comment ça se finit, en général, les sociétés dans lesquels bogomiles et sodomites se font trop remarquer : ça sombre dans la décadence, ça disparaît, c’est bien connu, c’est uniquement pour ça que la Grèce Antique s’est cassée la figure. Au vu du délai de péremption de plus en plus court des tendances, je pense que la mode gay ne devrait pas tarder à être remplacé par une autre : la mode immigrée, la mode noire, la mode avortement ou tout autre truc ridicule du genre. Alors bien entendu, on parlera tous pakistanais ou arabe, on portera des boubous ou on ira se faire charcuter le bide parce qu’on adore ça. C’est ainsi que va le monde, Christine.

En attendant relaxe-toi, procure-toi donc un ou deux meilleurs ami gays, tu verras, ils sont amusants, ils connaissent par coeur tous les tubes disco de ta jeunesse et ils devraient pouvoir te trouver une teinte correcte pour les rideaux de ton salon que tu recherches depuis si longtemps.

Bon courage Christine, tiens bon la rampe. 

Des bisous.

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Une réflexion sur “Chère Christine

  1. « La majorité des ados gays préfère pratiquer les sentiments dans la clandestinité. Ne pas trop afficher en public leur attirance pour une personne quelconque, des fois que ça se voit. On pousse même l’excentricité jusqu’à parler de nos sentiments à nos parents la boule au ventre. En crevant de peur à l’idée de leur réaction. »

    Je pense que dans le monde idéal de Christine, ceci serait aussi vrai pour les hétéros. Et alors, nous vivrons tous heureux dans la paix du Christ.

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