Les cheveux de Blaine

6 heures du matin et je peste. Je ne peste pas trop fort parce que 6 heures du matin, quand même. Je peste avec au fond de la gorge comme un début de gémissement. Je peste en me tenant – droite ? – non, gauche, le miroir inverse, la tempe gauche.

Y a comme du foutage de gueule.

J’ai le cheveu rare. Trente balais, et le cheveu rare. Ça siège en numbeur ouane de mes – nombreux – complexes physiques. Ce qui explique bien sûr que je le livre à tout un chacun sur mon blog. Après recherches très approfondies, ne disposant pas d’un oncle d’Amérique fortuné, je me suis rabattu sur la chirurgie esthétique du pauvre : l’humour (et aussi les chapeaux). Je tourne en ridicule ma misère capillaire, je provoque les moqueries, je déclenche les chausses-trappe du sarcasme. Même les mouflets ont baissé les armes : au jeu de m’enfoncer, je n’ai pas d’égal.

Mais ce matin, 6 heures, c’est difficile. Parce que, dans la chevelure qui ne s’est pas encore transformé en un duvet ridicule, il y a des cheveux blancs. Genre les hormones, ces salopes, elles ont voté la double peine. Haro sur la kératine. 6 heures du matin et je tire sur une poignée de tifs qui feraient plutôt pas mal sur la tête de George Clooney mais qui, chez moi, remportent de nouveaux oscars dans la catégorie du grotesque.

Et c’est là que je pense à Blaine Anderson.

Parce que, faut le savoir, je suis une adolescente de quinze ans. Dégarnie, certes, mais une adolescente de quinze ans tout de même. Et vous pouvez vous marrer, mais ça sert vachement dans mon épanouissant sacerdoce : je sais parfaitement ce qui se trame dans les cervelles – généralement – en développement des chiards. Je suis une midinette qui glousse lorsqu’Elliot et JD ajoutent une ligne à leur romance, quand Chandler sort de sous les couvertures de Monica, que le Docteur embrasse River Song. Et donc, que Blaine Anderson paraît à l’écran.

Je ne voudrais pas être Blaine Anderson. Ce serait grotesque, personne ne veut être un étudiant gay dans une école de garçons joué par un acteur de 26 ans. Sans déconner.

Mais j’aimerais bien avoir ses cheveux. Sérieusement. Le genre de tignasse que tu dois dresser à coup d’hectolitres de gel.

Parce que je me dis qu’avoir des cheveux de héros de série télé idiote, ce serait une échappatoire. J’ai les cheveux, j’ai tout le reste. Tout à coup, je vis une fiction. Tout à un sens. Chaque fois que j’en chie, qu’un gamin refuse de bosser, que je sors d’un cours en ayant fait de la merde, le plan suivant, il va m’arriver un truc bien, sur une petite musique de fond au piano. Ce ne sera plus glauque, juste doux-amer. C’est télégénique, le doux-amer.
Tout est cohérent, à commencer par les autres. Après deux trois quiproquo rigolos, je saurais comment ils fonctionnent. Et eux aussi. On serait amis, adversaires, ça changerait, évoluerait d’une saison à l’autre, mais au moins ce serait clair. Sans double-sens qui empoisonnent, sans ceux que l’on perd de vue sans trop savoir pourquoi, par ennui, par négligence.

Pour rien.

J’aurais les cheveux de Blaine Anderson, et il n’y aurait pas un épisode où je ne sortirais pas grandi, plus tolérant, humble ou compatissant. Tout aurait une structure, à commencer par ce corps, semblable à tous les autres corps réels : glorieux à certains endroits, ridicule à d’autres. Un assemblage de bric et de broc, dont on met désespérément les atouts en avant en espérant que le reste disparaisse, genre poudre aux yeux. En tout cas je ne serais certainement pas en train de me tenir les cheveux à 6 heures de matin dans une salle de bain dont la peinture s’écaille.

Mais bon.

À défaut des cheveux, l’espace d’une journée, s’amuser à emprunter les manières, le noeud pap, ou une mimique d’un de ces autres merveilleusement cohérent. Juste histoire de. Pour rire. C’est important ça. Pour rire.

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