Mariage pour tous

J’aimerais tant avoir à dire.

J’aimerais tant avoir à moquer, à rebuter d’une blague vaseuse, j’aimerais tant avoir à dire qui n’ait pas déjà été dit.

Je pourrais faire d’étranges comparaisons, comme lorsque je me dis qu’en ce moment, les homos français ont beaucoup en commun avec les Réprouvés de Sylvanas dans World of Warcraft, au niveau de leur perception par le grand public.

Je pourrais me foutre de la gueule du camp qui n’a pas mes faveurs, en leur conseillant de s’inspirer davantage d’Hugo que de Poujade, d’étendre l’envergure de leurs revendications, plutôt que de les focaliser sur quelque chose qui ressemble de plus en plus à une haine analphabète.

Je pourrais dire que défendre une idée, c’est comme faire un cours. On prépare son sujet, sinon on ne sait pas où on va, les élèves le sentent et c’est le bordel dans la minute.

Je pourrais rager que, dans ce débat, aucune médiocrité ne nous a été épargnée : insultes, pleurs, point Godwin, point Niwdog (j’ai décidé d’appeler comme ça un argument qui tourne autour de Staline et de l’URSS plutôt qu’Hitler et les nazis).

Je pourrais même, d’un ton un peu condescendant, prendre du recul en remarquant que tout ce que je vois dans ces manifs censées sauver la race humaine, ce sont les esclaves égyptiens d’Asterix qui brâment « Pas content, pas content », parce qu’au fond, pas un seul d’entre eux ne bat le pavé pour les mêmes raisons.

Je ne le ferai pas.

Tout et son contraire a déjà été dit. La mauvaise foi a cédé à la bonne avant de reprendre son tour, et ainsi de suite, hamsters dans leur petite roue en plastique. Chaque phrase, le moindre mot est récupéré, dépiauté et, encore tout sanglant, placé dans l’un des interminables inventaire nécrosés.

Je ne pense plus qu’à un truc.

L’autre jour Collègue Parfait me ramène à la station de RER. On parle entre autres de la façon dont nos élèves écorchent certains mots, tordent le sens d’expressions. Pour leur faire signifier ce qu’ils veulent. Parce que flemme. Flemme de chercher autre chose, flemme de se fatiguer à inventer le mot qui leur manque. Ils balbutient les premiers mots qui leurs viennent, quoi que ce soit, n’importe quoi.
Et on a l’un de ces moments d’unisson. Où l’on comprend parfaitement où l’autre en est dans son train de pensée. Et on prononce notre plus grande crainte en simultané.

« Si même le language s’anéantit
– On est mal. »

Les écrans, les feuilles de choux, les 1 et 0 de sites d’actualité ont sale goût. Assemblée, Sénat, Manifs, pour, contre, débordements, gaz, Code Civil, filiation.
Entre les lignes, des brins d’ADN se détricotent. Ceux des mots. Et moi d’assister, les yeux effarés, au naufrage du langage.

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