Au sujet de la manif pour tous…

Laudine et Yvain

La scène se passe jeudi dernier, dans un collège de grande banlieue parisienne. Public plus hétérogène, tu meurs. Il y a des blancs, des beurs, des noirs, des enfants de divorcés, de familles recomposées, de parents qui se sont rencontrés à seize ans et n’ont plus jamais bougé depuis.

Nous en sommes en Cinquième, classe où, durant tout un mois, nous nous penchons sur les chansons de geste, les Chevaliers et leurs Dames, les enchanteresses et les damoiseaux. C’est une période de l’année qui se passe toujours bien. Entre les cabrioles de Lancelot sur le Pont de l’épée, les blaguounettes de Morgane la Fée et les quelques dragons grincheux, tout le monde s’y retrouve.

Même lorsque l’on passe à l’histoire d’Yvain, le chevalier au Lion. Yvain se bat un jour en duel contre un Chevalier Noir dont il fracasse consciencieusement le crâne. La veuve fond en larmes mais personne ne lui laisse le temps de sangloter. Elle doit se remarier. Se remarier vite, très très vite. Parce que sans seigneur et maître pour défendre le château, la population est en danger, les récoltes ne seront plus gérées et…

« Et c’est n’importe quoi ! »

Je redescends sur Terre, sous le regard incrédule de Riddel. Les sourcils froncés, les pupilles qui jettent des éclairs.

« Elle ne va quand même pas se marier avec le premier venu non ?

– Non, bien sûr, ce doit être un seigneur, capable de protéger ses terres et…

– … oui, c’est bien joli tout ça, mais si elle ne l’aime pas ? »

Et là, un petit démon pervers me mordille l’oreille.

« Le mariage n’est pas une question d’amour, c’est un contrat qui fonde la société, au Moyen-Age comme aujourd’hui. »

Tsunami de protestations. Il n’y en n’a pas un seul qui ne réagit pas (si j’omets Janice, mais Janice ne réagit jamais. J’en suis réduit à la secouer régulièrement pour éviter que des rongeurs ne viennent nicher dans ses affaires de cours.)

« Ben peut-être qu’au Moyen-Age ils étaient pas évolués, mais monsieur aujourd’hui ? C’est débile, on se marie de qui on est amoureux et voilà ! »

Et voilà.

Voilà, ce week-end, pas une page de presse tournée, par un bulletin d’information qui me passe entre les oreilles. Pour préserver cette tranquille certitude. Que les Cinquièmes Germignon rejoindront l’année prochaine les bancs Quatrième, iront au lycée, passeront le bac. Que ce sera cette génération d’évolués qui votera. Et pour qui certaines grandes marches pour tous apparaîtront tout aussi grotesques que les desideratas des barons de Laudine « qui aurait très bien pu gérer le château tout seule ou avec des copines ».

Courage.

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