Bienvenue dans le pays où c’est-y que tu es en sécurité

Chers amis,

Une fois n’est pas coutume, je tiens à dédicacer ce billet à des gens. A cinq personnes en particulier, qui ont changé ma vision du monde. Depuis cinq minutes, mon pays m’apparaît plus sûr, plus serein. Moi l’angoissé chronique, je peux y respirer en sécurité.

Ces cinq personnes, ce sont les douaniers en patrouille dans le TGV Brest-Paris du 29 novembre 2012 qui, aux alentours de 9h du matin, exerçaient leur travail, que dis-je, leur apostolat dans ce coupe-gorge que constitue un train grande ligne en semaine.

Dans ce train, il y a aussi une jeune personne. Jolie. Jolie mais ce matin-là, pas super apprêtée, la faute à la fatigue, un peu dans le coltard, ses écouteurs sur les oreilles. Elle s’apprête à gagner son boulot. Nos cinq héros du quotidien font ce que tout paladin des temps modernes s’apprêtent à faire.

Dans ce train, il y a une jeune personne. Ils l’interpellent, au cri de « Vous consommez des stupéfiants, vous. » Pas une question. Affirmation. Ils l’interpellent et lui signalent qu’ils vont la fouiller. La fouiller et pas qu’un peu.

Dans ce train il y a une jeune personne. Pour la fouiller, quel endroit plus approprié que le sas transparent d’un peu partout du TGV, juste devant le wagon des première classe ? La prochaine fois que je prends le train, faudra que je vérifie si j’ai bien coché la case « matage d’une nana d’un mètre soixante tripotée par une matone pendant qu’un gars se rince l’oeil à côté ».

Dans ce train, il y a une jeune personne. Et heureusement, nos vaillants douaniers ne laissent rien au hasard. Sac à main, porte-feuille, poches, doublures. Bottes. Ouais, même les bottes. (Et là on prie très fort Sainte Mycose de se trouver au rendez-vous). Mais pas le trieur de cours, dès fois qu’on tombe sur de la culture, ça pourrait brûler les doigts. Butin : une pochette plastique. Qui a contenu il y a quelques temps un pompom, suite à une sombre histoire de journée déguisée.

Dans ce train il y a une jeune personne. Et ça dure dix, quinze minutes. Et rien, rien de rien, un vrai rienissime. Alors les gardiens de l’ordre, magnanimes, suspendent les recherches. Bonne journée ils disent. Il n’y a ni explication ni excuse. Pourquoi ? C’est leur boulot. Les raisons de leur choix ne seront pas expliquées. Signalement correspondant avec un avis de recherche, quota, ou tout simplement délit de sale gueule. Les douaniers s’en vont en traînant derrière eux toute la légitimité du monde. Et la certitude que la France, cet état de droit, se trouve entre de bonnes mains. Sûres, vigilantes et bienveillantes. Vous consommez des stupéfiants vous. Vous êtes jeune, vous êtes femme, vos yeux trahissent des cernes, vous n’êtes pas apprêtée comme doit l’être votre sexe. Bonne journée.

Dans ce train, il y a ma soeur.

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