Conflit pour tous

Je préviens tout de suite : écrire ce billet me procure un plaisir équivalent à mater d’affilée l’intégrale de Derrick tout en écoutant une rétrospective de Michel Sardou qui interpréterait les plus grands tubes de Chantal Goya accompagné d’un orgue Bontempi. Mais, tous les trente-six du mois, se réveille en moi un petit bonhomme qui ajoute très fort les poings en exigeant qu’on arrête la déconne.

 Donc c’est parti.

 J’imagine que ça vous a moyennement échappé, mais ces derniers temps, la plupart des médias et tout un tas d’organisations, de particuliers, de forums internet et j’en passe se sont trouvés une Quête.

Je déconne pas.

Une Quête, c’est super important. Lointaine est l’époque des dragons à abattre, des seigneurs félons à décapiter, aujourd’hui, on ne peut même plus cramer de la sorcière. Donc lorsque l’on trouve une Quête, une vraie, on ne la laisse pas filer.

Cette Quête, c’est le très mal nommé Mariage pour tous. Qu’on devrait appeler Mariage homo, histoire que ce soit clair une bonne fois pour toutes. Depuis plusieurs semaines, chacun fourbit ses armes, affute ses arguments et surtout, croit que son avis a une quelconque importance. Pour, contre, au nom de tel ou tel principe, de telle ou telle histoire. Tout ça pour ne pas mettre en mots le coeur du problème.

Les homos emmerdent.

Ben oui. Des hystériques brandissant une Bible comme d’autres une masse d’arme, aux gens qui expliquent en transpirant juste un peu aux aisselles qu’ils n’ont aucun problème avec les homosexuels en passant par ceux – moi compris – que gonflent la gay pride et ses viols en série de la rétine, les homos emmerdent.

Parce que l’homosexualité ne connaît pas d’autre chemin que le conflit. Conflit personnel, familial, d’abord. L’homosexualité, lorsqu’elle apparaît, c’est l’invitée indésirable. Il faudra trouver les mots qu’adolescent, on a encore tant de mal à former, que parent, on se veut de ne pouvoir exprimer. L’homosexualité c’est pour une immense majorité, avant tout une opposition à l’hétérosexualité. Ne pas vivre comme les autres. Ne pas être dans la norme. Ne pas se marier. Négatif, privatif. L’homosexualité, c’est l’ennemie, y a beau faire, c’est encore ça. Et on peut, on doit, rassurer, expliquer que non, ça n’est pas que ça, cette première impression restera, quoi qu’il arrive. Que ça n’aurait pas dû arriver.

Et il faut « faire avec ».

L’homosexualité, cette « façon de vivre » tandis que l’hétérosexualité, la veinarde, ne reste qu’une donnée biologique. Une donnée qui « fonde la société ». Donc non hein. On arrête avec la « façon de vivre ». La prise de conscience de son homosexualité ne fait pas soudainement pousser des boas à plume dans les placards des garçons et des salopettes dans les chambres des filles, pas plus que les petits hétéros se réveilleront un jour habillés d’un maillot du PSG.

Ahem, cette – désolante – précision faite, revenons-en à ce fameux mariage pour homos. Qui fait peeeeeur. Non franchement, ça fait flipper de petits groupes. Qui voient en cette union la porte ouverte à toute les dérives, y compris un futur sacrement possible avec deux clous, sa soeur et une chèvre.
A ceux-ci, j’aimerais parler d’amour. Oui, cet amour que l’on vilipende un peu beaucoup ces derniers temps. Oui, l’amour ne serait qu’un produit dérivé du mariage. Finalement, depuis Mathilde Loisel et Maupassant, on n’a pas bougé des masses. On se marie pour perpétuer un modèle social. L’amour n’est qu’un ravissant produit dérivé que l’on trouve en bonus dans certains paquets de mariage. A ceux-ci, et particulièrement aux couples légitimement mariés, je pose la question : mais quelle image avez-vous donc de votre relation avec cette autre qui partage votre vie ? Est-elle donc si plate, si décevante que vous conceviez que l’amour puisse déboucher sur les dérives que vous dénoncez à longueur d’éditoriaux ?

Ce qui vous fait peur, je pense, c’est la subjectivité de cette redéfinition de l’union entre les personnes. Au moins, la biologie ne ment pas. Un mariage entre un homme et une femme, on sait que ça marche, la preuve, la biologie le valide, la biologie aime, la biologie retweete, pouce vert, et ajoute à ses favoris. Et la société devrait donc s’aligner sur la biologie.

Ben vous allez rire, mais j’ai comme l’impression qu’on s’est pas mal éloigné de certaines conceptions de la biologie, dans la construction de notre société. Je sais pas, par exemple lorsqu’on s’est dit que, finalement, on était à peu près tous égaux, même si les noirs courent plus vite, que les jaunes calculent mieux et que les blancs colonisent plus facilement. Bien sûr, bande de tartes, que la société se fonde sur des bases subjectives ! Et je sais que pour beaucoup, Platon évoque essentiellement le titre d’un film avec une faute d’orthographe, mais il me semble que l’opposition entre nature et culture n’est pas un concept si ringard que ça.

Je ne vous savais pas si faibles.

Si la « société » ne repose pour vous que sur l’idée que Monsieur et Madame puissent se faire un sourire devant l’adjoint pendant que Mme Gentrue fait la gueule parce que balancer des pétales de roses sur la moquette de la mairie, ça va boucher l’aspirateur, mais quelle société de tafioles !

L’homosexualité est un conflit.

Et il faut croire que vous y tenez, à ce conflit. Permettre aux homos de se marier, ce serait un pas de plus dans l’intégration de ces gens – enfants que vous avez faits, éduqués et peut-être même aimés  – dans la disparition de ceux-ci du radar. Est-ce donc si terrifiant ? Qu’ils deviennent banals ? Que la vieille guerre se résolve ? Qu’un enfant se sachant homosexuel (scoop, on ne guérit pas de l’homosexualité, on la vit ou on la cache) ne se pose absolument aucune question, qu’à aucun moment, la peur ne lui tourmente les entrailles ?

Vous avez une chance. Une chance de vous montrer sous votre meilleur jour. Sûrs de vous. Sûrs que ce groupe humain auquel vous appartenez n’est pas assujetti à une seule et unique causalité – qu’il faut un zizi et une zézette pour faire un bébé – mais qu’il est aussi le bilan d’une histoire, de combats, de beaux et grands gestes.

Vous pouvez êtres des héros.

Ou une bande de grosses tarlouzes trouillardes.

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Une réflexion sur “Conflit pour tous

  1. Merci pour ces mots. Je vais imprimer cet article et le montrer à mes parents – mes parents ouverts d’esprit, tolérants, cathos de gauche qui sortent de l’église le soit de la messe de Noël parce que le prêtre fait une homélie anti-mariage pour tous, mes parents qui toute mon enfance m’ont dit que l’homosexualité était normale, bref, les dernières personnes dont je m’inquiétais. Mais qui, le jour de la découverte, m’ont insultée. Et qui depuis, le nient (pour ma mère : tu te fais du cinéma pour avoir l’attention des autres), ou n’en parlent pas (pour mon père.)
    À qui se fier quand l’homosexualité devient une donnée concrète ?

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