James and the Doctor

C’est le plus vieux de mes amis imaginaire, c’est le plus jeune d’entre eux. Ils sont tous les deux britanniques, à un an d’écart, ils ont squatté les écrans.

Et surtout, ce sont tous deux des caméléons.

J’adore m’amuser à croire aux coïncidences. Et je crois que, pour que ces cinquantenaires continuent à être ressuscités, incarnés, pour qu’ils continuent à sauter de voiture en filles, d’époques en planètes, peut-être est-ce parce qu’ils veulent nous dire quelque chose. Qui reste vrai.

Le temps.

Les deux immortels britanniques luttent contre le grand dévoreur, chacun à sa manière. Et au-delà des conspirations internationales, des dégueulasseries intergalactiques, des plans visant à EXTERMINER la race humaine, c’est bien dans cette lutte qu’ils se révèlent dans toute leur stature de héros.

Pourquoi sinon, le Docteur, aux portes d’une mort définitive dans « Let’s Kill Hitler », déciderait-il de mettre en jeu le peu d’existence qui lui reste, histoire de lui montrer qui est le patron ? Pourquoi les scénaristes du très bon et très récent Skyfall auraient-ils, des lunes après la retraite de Sean Connery, miraculeusement réincarné Miss Moneypenny, égale à elle-même, à peine retouchée aux dimensions des conventions actuelles ? Depuis Jamais plus jamais, ils sont des dizaines à renvoyer à l’agent secret de Sa Majesté son statut de dinosaure, de relique aux méthodes et aux valeurs d’un autre âge. Et pourtant, eux passent, lui reste. Tout comme le Docteur, confronté à un cataclysme par semaine, reviendra imperturbablement à son Tardis.

La même lutte. Chacun à sa façon.

Le Docteur choisit de se faire caméléon. Chacune de ses morts est l’occasion d’une renaissance , sous les traits d’un autre acteur. Mais renaissance loin d’être uniquement cosmétique. Le Seigneur du Temps connaît mieux que personne l’arme ultime de son adversaire : l’ennui. Il a, il aura toujours un coup d’avance. Avant que la lassitude ne pointe, avant qu’on ne puisse lui reprocher d’abuser de son temps de présence, il tire sa révérence. Et se réincarne. Et tant pis pour ceux qui l’accompagnent. Elle est là, la part monstrueuse du Docteur. Il avance. Toujours plus rapide qu’une blondinette qui traversera le temps et l’espace pour le traverser, plus vif que l’Amie Parfaite, prête à devenir lui pour le sauver, plus véloce que le couple baba devant ses exploits, il s’adapte au Temps et se fait aussi cruel que lui, séchant les larmes de la séparation deux ou trois épisodes plus tard.

James Bond fait de son côté démodé sa force. Oui, il est une brute sexiste et misogyne. Même à dix ans, devant les cassettes vidéos, on s’en rend compte. Qu’on ne parle pas comme ça aux gens, et surtout pas aux dames. Mais il fera ce qui doit être fait. Pas pour l’Angleterre, ni pour la Reine. Non. Juste pour lui. Pour se prouver que, au fin fond d’une île secrète ou à bord d’une station spatiale, avec les mêmes qualités et les mêmes faiblesses, il fera le boulot. Le temps, en fin de compte, ne fait pas le poids quand on lui rentre dedans avec toute la détermination d’un agent secret. James Bond est prisonnier d’une boucle temporelle, dont les geôliers ont perdu jusqu’à leur identité. M., Q., Domino, deux fois incarnée, Spectre, présent au-delà des évolutions géopolitiques. Mais jamais il ne se dissoudra. Il restera lui-même, et en fera la démonstration musclée autant de fois que nécessaire. Jamais, plus jamais le temps ne le vaincra.

Et à l’orée de la trentaine, alors que le temps devient autre chose qu’un vaste terrain de jeu, je me demande de plus en plus comment moi, je choisirai de mener ce combat contre le dévoreur. Et si j’aurais besoin d’un coup de main du héros de mon enfance et de celui de mon âge adulte.

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