Selina, juste Selina

 

Batman, le dernier, vu l’autre jour. Et cette drôle d’impression, partagée par d’autres. Celle que Chris (Nolan) ne sait plus que faire de Chris (Bale), Batman. Comme si on en était arrivé à du trop dit. Batman, le mythe est épuisé. Le marketing ne s’y est pas trompé, les masques tombent. Les monstres pâlissent devant ce que propose notre réel.  Une ville à feu et à sang, étouffée sous le poids de ses mensonges. On sort, sous les étoiles, on discute :

« C’est bizarre. Dans les Batman de Burton, c’est de leur côté monstrueux que les héros tiraient leur force. Là, c’est de leur humanité.

– Oui, mais chez Burton c’étaient de gentils monstres. »

De gentils monstres. Tellement gentils que, pour faire peur, un peu, ils devaient se costumer. Là, c’est l’inverse. Quand Miranda laisse tomber le pseudonyme, elle revêt les habits de la méchante. Le masque du grand méchant Bane épargne l’horreur au spectateur. Et Batman… Batman n’est rien face à Bruce Wayne, dont la volonté monstrueuse le fait se relever, toujours.

Et puis il y a Selina.

Selina qui pour le coup, a laissé tomber le pseudo. Selina dont le ruban noir avec deux trous pour les yeux – qu’elle ne revêt que par intermittence – est une insulte aux costumes. Elle n’en n’a pas besoin. Parce qu’elle a compris. Compris qu’on a changé d’ère. « Je m’adapte », glisse-t-elle à l’obsolète Batman, lorsque, pour l’unique fois du film, elle cligne de l’oeil à sa féline identité. Son costume c’est la réalité. Plus sûr, plus juste, plus impitoyable qu’une tenue de lycra. Ses atours, c’est l’époque où, lorsque l’on dit que l’on est serveuse, pourquoi devrait-on ne pas vous croire ? Où l’on cambriole à visage découvert, peu importe au fond.
Selina dont la quête est la moins mythique de tout le film. Vouloir se dissoudre, être oublié, est-ce que ce n’est pas, à brève échéance, ce que chacun de nous désirera ? A trop laisser des empruntes, sur le sable ou la toile, Selina, Selina, ne le regretterons-nous pas ?

La fin de Batman tente de nous rassurer. Lorsqu’un ancien porteur de la beauté cruelle, nouveau Robin, découvre la Caverne. Nous fait croire qu’on aura toujours besoin des héros encapés et cagoulés. Selina sait mieux que cela. Elle est la seule à manipuler le vrai monstre de l’histoire. La réalité.

On est sous les étoiles, on discute du film. Ses failles et ses forces. Il y a un silence. Et à la fin, il y a une phrase un peu timide, un peu triste. Comme un haussement d’épaules.

« On vit une époque horrible. »

Je ne sais pas que répondre. Peut-être, juste, que cette époque a juste besoin de quelques Selina.

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