It gets better, it seems…

Les vacances sont là, ma cervelle régresse à un niveau qui ferait pleurer de joie Patrick Le Lay.

Histoire de passer à l’acide les quelques neurones qui persisteraient à se connecter, j’ai mis la main dans cette boîte de Pandore qu’est la télévision par satellite. Oui, parce que, en bon enseignant intello-hype, je ne reçois chez moi « que » la TNT, et ce pour deux excellentes raisons :

1. J’adore entendre la déception dans la voix des téléprospecteurs qui viennent nous proposer autant de bouquets satellites qu’Interflora un jour de soldes. (j’ai beaucoup de respect pour les téléprospecteurs, je l’ai été.)

2. La dernière fois que j’ai zappé sur une télévision ayant accès à plus de vingt chaînes, je suis tombé sur un feuilleton grec ou des religieux orthodoxes se disputaient pour savoir qui en avait la plus longue (de barbe).

Profitant actuellement du luxe de la maison parentale, tandis que mes géniteurs vaquent à leurs occupations estivales, j’ai donc larvé, la télécommande à la main. Et alors que, suite à un zapping intensif, la télécommande émettaient d’inquiétantes lumières rouges, je suis tombé sur une énième chaîne de clip. C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec l’un des clips de l’été. Je débarque donc, comme vous le savez mieux que moi, ça s’appelle Call me maybe, et c’est chanté par une donzelle nommée Carly Rae Jepsen, ce qui nous prouve que les Canadiens, lorsqu’ils ne chassent pas l’érable pour en faire du sirop, sont autant capable de nuire à l’humanité que les français et leur amabilité, les anglais et leur cuisine, ou les allemands et leurs diphtongues.

Et là, normalement, je devrais insérer la vidéo de façon que vous voyiez de quoi il s’agit. Je ne le ferai pas. C’est comme ça. Parce que je ne veux pas que, le jour où je serai riche et célèbre du fait de mes oeuvres célébrant le bon goût et la subtilité, on puisse me rappeler que j’ai posté Call me maybe sur mon blog. Et puis aussi je ne tiens pas à faire saigner les tympans des doux innocents qui n’ont pas encore subi la chose. Donc vous tapez la référence sur Google, vous COUPEZ LE SON et vous regardez le clip.

Oui parce qu’en fait, je ne suis pas là pour vomir dans l’autotune de la chanteuse ou sur sa coupe de cheveux – après tout, je connais un cocker très bien qui porte la même – mais pour expliquer pourquoi, après la crise d’épilepsie qui a suivi cette découverte, j’ai quand même éteint la télé en souriant.

Comme le dit cette fameuse campagne anti-homophobie très à la mode aux Etats-Unis : it gets better. Ca va mieux.

Pour ceux qui n’ont pas eut le courage de faire la recherche sus-mentionnée, je résume le principe du clip : la chanteuse cherche à draguer son voisin d’à côté, que ses marraines fées ont dotées d’un physique lui évitant tout besoin de parler pour séduire (les marraines fées sont sympas, des fois. Moi comme je parlais déjà à ma naissance, elle m’ont foutu le handicap calvitie précoce, comme ça, pour compenser. Super sympas.)

La greluche, sa frange et son groupe de musiciens vont donc tout tenter pour attirer l’attention du Ken et sa tondeuse magique. Ils finissent par arriver à leurs fins lorsque la donzelle se casse la gueule en jouant les laveuses d’auto sexy (ils avaient tiré à pile ou face entre ça et lui proposer d’aller voir le dernier Eric Rohmer). Le type assiste donc à la fin de la chanson et, alors que notre héroïne revient dans sa tenue je-suis-une-jeune-fille-libérée-mais-quand-même-pas-le-premier-soir, elle aperçoit l’objet de sa convoitise (et là le terme objet est tout à fait approprié) en train de remettre son numéro de téléphone à son blondinet guitariste avec un sourire équivoque et un peu trop blanc pour être naturel.

Ben cette connerie m’a fait sourire.

Elle m’a fait sourire parce que ce doit être l’une des premières fois où l’homosexualité se fait légère. Il n’y a pas de réflexion (absolument aucune, je vous le jure, 100% garanti sur facture), les préférences sexuelles de l’étalon à marcel ne servent que de dénouement rigolo à une histoire rigolote. Aucun jugement aucune prise de position.

Neutre.

L’homosexualité dans la culture populaire, était plombante. Vortex. On ne pouvait pas l’évoquer, on était condamner à en parler. A la mettre au centre. Pour rester au niveau de Call me maybe (donc à peu près celui de la Fosse des Mariannes), un feuilleton pour ado du genre Dawson il y a quelques temps maintenant se sentait obligé de traiter de sujet sur un ton grave. On ne rigolait pas de l’homosexualité. Ou alors on était intolérant, homophobe. Ou alors on se foutait des folles, dans leur cage. On se devait de choisir un camp.

Pas là.

Là, l’homosexualité n’est réduite qu’à un « plot device », un ressort dramatique. Il y a quelques années, Ken tondeuse serait sorti avec la black du groupe.

Alors bien sûr. Bien sûr, il s’agit d’un tube de l’été, et par conséquent, creux. Bien sûr l’homophobie brutale, pernicieuse, celle que l’on se doit de combattre existe toujours. Mais si le fait d’être gay n’est plus qu’une chute rigolote dans une chanson, alors peut-être ce « droit à l’indifférence » que beaucoup appellent de leurs voeux se rapproche-t-il doucement. Tout doucement.

Pour des vacances d’été, c’est suffisant.

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