Meufs et politiques

La sphère politique tremble, la sphère politique se pâme. Vite, ouvrez la fenêtre et délacez son corsage ! Des sels ! Des sels pour la sphère politique !

Ouais. La sphère politique est quand même une sacrée chochotte.

Ce qui a causé un tel émoi à la sphère politique est un Tweet, un de ces messages en 140 caractères que toute personne dotée de doigts se doit de pianoter en quasi-permanence, de ma fleuriste au Président de la République. (oui, je continue à tout expliquer, c’est mon côté pédago, faudra vous y faire). Et c’est justement de ce dernier qu’on va causer un brin.

Comme vous l’avez appris si vous ne résidez pas dans une caverne dans un coin reculé du Larzac, Valérie Trierweiler, l’actuelle première dame de France, aurait envoyé un tweet de soutien au rival politique de Ségolène Royal, l’ex de son mec, tweet lisible par tout un chacun bien entendu. Donc émoi, grande agitation des bras, moue scandalisée des uns, gouttes de sueur pour les autres.

Tout ça m’agaçait sourdement mais ce qui a déverrouillé les vannes de mon flot verbal qui, va s’abattre, telles les vagues furieuses sur la ville d’Ys – ceci était notre intermède culturel – c’est un autre tweet, de Nadine Morano, cette fois.
Nadine Morano est à l’UMP ce que les meurtriers psychopathes sont aux joueurs de jeux vidéos. Lorsque, une fois sur dix milliards, un déséquilibré troque la manette pour un fusil à pompe, ça jette une image déplorable sur une communauté qui n’en n’a pas vraiment besoin. Ben Morano et l’UMP c’est pareil. Et voilà donc que cette brave dame, forte de son gros bon sens qu’elle revendique face aux hypocrisies de l’intelligentsia parisienne, brâme que « si Hollande n’arrive pas à tenir la barre chez lui, je ne vois pas comment il peut tenir la barre de la France. »

Ahem.

J’ignore ce qui me révulse le plus dans cette grosse provocation. La bêtise dégoulinante qu’elle suinte, les valeurs rancies qu’elle véhicule, ou l’image révoltante qu’elle expose de la fonction présidentielle.

Le rôle d’un Président de la République serait donc de « tenir la France ». On appréciera le choix du verbe, qui suggère l’immobilisme total. Surtout ne pas laisser la Nation libre de ses choix. Non. La France, ce gros pays d’irresponsable, laissant les anarchistes et les hippies courir partout a besoin d’être tenue. Genre en laisse quoi ? A moins qu’on entende le terme « tenir » comme dans « tenir un foyer ». Et là, difficile de ne pas voir le spectre de temps révolus où l’on voyait le pays comme la maison et le Président comme l’Homme dont on attend qu’il s’affale dans le fauteuil, son journal à la main.

Donc, Valérie Trierweiler a publié un tweet, sans doute pas très sympa. Ni très malin. Comme il en est publié des milliers par secondes. Seulement voilà. Mme Trierweiler est première dame de France. Titre que j’écris en minuscules car il n’a de statut que pour les journalistes et Stéphane Bern. Titre que j’écris en minuscule du fait du sexisme insupportable dont il est emprunt. Première dame de France. Sympa pour la seconde, la troisième et la trente-cinq-mille-cinq-centième. Et puis, j’attends avec impatience l’arrivée au pouvoir d’une femme – ou d’un homosexuel – pour entendre un reporter bafouiller « le premier homme de France » « le premier monsieur » « le comp… le mar… M. le mari de la présidente. » Ce sera imprononçable parce que ça n’a pas à exister. Il ne peut y avoir qu’une première dame. Une femme qui, lorsque son mari a choisi de briguer la plus haute fonction de l’état, est priée de mettre en arrière tout ce qu’elle a accompli jusque là et de se faire généreusement éclabousser d’un titre honorifique dans lequel elle n’a sans doute joué aucun rôle et qui la suivra partout. Peu importe que les liens du mariage l’ait enserrée, compagne comme femme seront corsetées à cette appellation. Première dame.

Tu l’as pas choisi cocotte ? Tant pis pour toi, ton mari passe avant. Et ta vie privée va s’en prendre plein la tronche, tu deviens toi aussi un personnage public, tant pis pour la boutique de tricot que tu as ouverte à la force du poignet, pour l’entreprise que tu as montée toute seule ou les chantiers archéologiques que tu as à découvrir. Les Français ont besoin de toi. De ton conjoint.

Les Français ont besoin du couple royal.

Plus de deux-cent-vingt ans après, on ne s’en est pas remis. Les têtes de Louis XVI et Marie-Antoinette roulent encore avec des gloussements moqueurs. On a besoin d’un couple solaire à admirer, qui vit comme nous mais mieux et plus fort. Et quand elle envoie un tweet méchant, elle le fait mieux et plus fort que nous, alors chacun a le droit de s’exprimer dessus. (Ceci était notre intermède théorie politique. Ouais, ça fait beaucoup avec l’intermède culturel, mais on a parlé Morano dans ce billet, il faut compenser).

Valérie Trierweiler a publié un tweet pas très sympa, ni très malin. C’est son droit le plus strict. Comme elle peut sortir acheter du pain en vieux jogging, se mettre les doigts dans le nez au restaurant et roter en pleine rue. Elle est la meuf actuelle de celui qui a décidé de devenir Président. Pas l’extension. Elle ne représente personne d’autre qu’elle même et sa feuille de chou, lorsqu’elle écrit dedans. Valérie Trierweiler, que je ne connais pas et qui m’indiffère au plus haut point, a un droit imprescriptible à la liberté, celle de ceux qui n’occupent ni ne briguent une fonction d’Etat.

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