Watsoned

(Lorsque vous verrez la série, vous ferez « Aaaaaah ! » et vous rendrez grâce à l’absence de spoilers de ce titre).

Sherlock donc.

Holmes, bien sûr. Sherlock Holmes, dans ma tête, c’était jusqu’à récemment une brume. Un fantôme sagace. La première illustration que j’en ai eu, sur un bouquin de mes parents, représentait son visage en transparence, arrière-plan d’une scène de crime. Il faudrait créer une division chargée de la surveillance des dessinateurs de couverture. Rien ne vous poursuit davantage. Pendant super longtemps, Sherlock Holmes est resté ce fantôme désincarné. J’étais jeune, je comprenais ce grand, ce magnifique esprit, mais son corps m’échappait tout à fait. J’étais jeune, je ne comprenais pas l’héroïne, l’accoutumance, l’odeur du tabac à pipe ou même cette ridicule casquette à oreilles de cocker triste. 

Ce que je préférais, c’était les débuts. Un nouveau client entre, qui se fait tirer un portrait tellement plus aigu qu’à travers une caméra. L’oeil d’Holmes, un scalpel, et moi qui jubile de ne pas avoir compris. De rentrer dans sa tête et ses raisonnements. Les facultés du détective sont un grand huit, l’enquête un prétexte pour ces montées et ses descentes où l’on se cramponne en hurlant de terreur, l’intelligence est vertigineuse.

Je suis sûr que les réalisateurs de la série Sherlock ont jubilé à ça aussi.

Sherlock, série que l’on découvre sur un résumé TNT : « Pendant que Watson fait les courses, Sherlock se fait attaquer par un ninja… » On se frotte les yeux on se dit que non. Non on veut bien beaucoup de choses mais merde, faut pas abuser non plus. Après on se dit que Sherlock et le Docteur partagent des gênes (et un air de famille), on se marre sur une vidéo, on se marre sur deux vidéos (j’ai honte un brin) et pif paf, on se retrouve à Baker Street, version 2010.
Il faut reconnaître que la provocation était grande : le début d’Une étude en rouge nous montre un Watson convalescent d’une guerre en Afghanistan à la recherche d’un toit à Londres, au marché immobilier démentiel. Est-il nécessaire d’adapter quoi que ce soit ? Sherlock Holmes et John Watson donc. Le bizarre et le normal.

Parce que plus que des intrigues magistralement retranscrite sous notre siècle, qui ne paraît finalement pas si gris, plus que des personnages que Conan Doyle avaient laissé ouverts à toute interprétation (Mycroft Holmes en gentleman trou du cul et charmant et Moriarty, parce que le mal et la dinguerie c’est putain de sexy), plus que les grands classiques qui retrouvent une seconde jeunesse sans lifting, un peu comme Irène Adler, Sherlock, c’est une réaction chimique. Sans Watson, l’esprit de Holmes, dont les notes mentales envahissent un écran épileptique, serait insupportable. Sans Holmes, Watson ne serait qu’un pauvre type. Ce sont les éclairs entre ces deux-là qui illuminent tout le reste.
J’ai parfois baillé lors cavalcades dans les sombres landes – ceci est une référence –  à la poursuite d’un chien démoniaque, mais jamais au sein de l’appartement où Mrs Hudson a retrouvé ses quartiers et tout son allant.

Le reste… C’est de la très grande télévision. Soignée, ce qui est rarissime à l’heure actuelle. Les réalisateurs peaufinent leurs bébés (seulement trois par saison, mais trois d’une heure et demie) à l’extrême. Soupèsent les dialogue au gramme près, un peu moins les scènes d’action.

Et enfin, Sherlock a un corps, un grand corps dégingandé. Qui occupe l’espace n’importe comment, à la démesure de son esprit. Toujours ancré, ancré au réel par un Watson au sourire le plus désarmant du monde. En fait, Sherlock ne pouvait être anglais parce que, pour expliquer au plus près ce que c’est, je dois recourir à l’anglais. C’est pas pour faire du Vandamme – je n’oserais me comparer à Vandamme – mais c’est totalement impossible autrement.

« Sherlock is the story of two very fine chaps. » Voilà.

Je vais m’arrêter là je vire critique-wanabee. Oh si un dernier truc, histoire de convaincre les esprits sceptiques. Un argument tellement puissant qu’il ne souffre aucune contradiction.

La sonnerie de portable de James Moriarty.

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