Oceanborn – Nightwish

On a le droit de ne pas aimer Nightwish, groupe de métal à chanteuse faisant maintenant figure de papis (et de mamies, du coup) dans le milieu. Dans les faits, je dirai même que c’est préférable. Il faut être adolescent, artiste, pervers ou obsédé sexuel pour aimer uniformément Nightwish (cette phrase cache une référence littéraire pas glorieuse, à toi de la trouver).

Il n’empêche qu’indépendamment de ça, Oceanborn est un album important et qu’il n’est donc pas inutile d’en parler. Parce qu’il est sorti en 1998, que ça commence à faire vieux. Parce que sa jaquette est la plus moche du monde. Parce que c’est un album qui a des couilles. Et puis surtout parce que je l’ai écouté en boucle en faisant Paris-Biarritz et que j’ai survécu pour en parler.

Ahem, replaçons donc le contexte même si ça me gonfle prodigieusement et que wikipedia n’est pas fait pour les chiens. 1998 donc. Fort du succès de son album gentiment metal-folk mais au titre déjà immonde, Angels fall first (et pas Angles fall first comme je l’ai écrit d’abord, sinon c’est vachement dangereux), Nightwish se lance dans un album plus orienté metal, tirant profit des doigts agiles des mecs et de la voix de valkyrie de la nana alors en place.

Et là y a du avoir comme un bug.

Leurs expérimentation les a mené loin, très très loin, bien trop loin. Et ça donne Oceanborn qui est, à mon sens, l’un des albums les plus couillus de sa génération. Oui, il va y avoir pas mal de fois le mots couilles et ses dérivés dans cette article, pardon aux familles tout ça.
G. me parlait l’autre jour d’une amie à lui qui ne supporte pas le terme de « littérature féminine », opinion qu’il partage, du fait de son côté discriminant. J’ai eu beau tourner le problème dans tous les sens, je ne parviens pas à trouver cette dénomination gênante. Et ce doit être à cause d’Oceanborn.

Parce qu’habituellement, le metal à chanteuse est défini comme un groupe de neuneus et une nana qui, ne pouvant décemment hurler autant de decibel qu’un couillidé (référence littéraire numéro 2), est obligé d’user de ses attributs féminins, à savoir « l’émotion qu’elle met dans sa voix qu’elle tremble que c’est trop beau tu sais » et de sa propension à passer une robe noire pour aller chanter dans des cimetières. Car le plus véhément des féministes reconnaîtra que James Hetfield ne porte pas spécialement bien la robe noire. Oceanborn prend donc ce cliché, le dynamite et danse sur ses décombres fumants. La voix de Tarja Turünen déchire absolument tout : tympans, volume sonore, bon goût et morceaux. Portée par un chaos d’instruments manipulés par, à l’époque, d’inconséquents petits jeunes. Le compositeur du groupe (que nous appellerons par ses initiale, T.H, parce que je me goure toujours dans son nom finlandais et que j’ai la flemme de faire une recherche. Quoi que depuis le temps que je tape cette parenthèse j’aurais pu la faire. Bon allez ça suffit les conneries assez de divergences) reconnaissait récemment qu’il ne pouvait techniquement plus jouer certains morceaux de cet album. Et je trouve ça extraordinaire. Il y a une telle vie, un tel déferlement de tout et n’importe quoi à travers les pistes qu’on ne peut en effet y voir que l’exaltation, le génie et la cruauté de la jeunesse. Chaque musicien cherche à atteindre les limites de son instrument, dans son coin, que ce soit dans le rythme ou dans les tessitures. On dirait un gros buff de types défoncés au Red Bull. Mais là où on ne devrait avoir qu’un machin primal, nous voilà avec un tout cohérent. Pas forcément beau. Pas toujours bien amené. Mais jouissif. Oceanborn est un album qui jouit parce qu’il fait un truc assez unique, que personne n’a jamais vraiment tenté. Peu importe qu’il s’agisse de « metal lyrique » ou toute autre classification byzantine.

Oceanborn ne peut s’écouter qu’un minimum reposé ou totalement claqué. Parce que ses accords prennent trop de place, parce que ses flutes sonnent trop aigres pour un esprit organisé. Faut juste être en haut de la digue, tout habillé, et avoir très fort envie que l’océan t’envoie une vague en pleine face. Tu auras froid, tu seras trempé et aussi bien ridicule. Mais pendant une seconde, bon sang, la claque.

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