La tour de Pandore

(Attention ça parle jeu vidéo)

Je suis un peu schizophrène au fond. Des litres de larmes versées, des cyclones soupirés, des décibels gémis pour des personnages de fictions. Quand ils cassent leur pipe en fin de phrase ou que leurs 010000100 de codes brutalement s’interrompent, il n’y a rien à faire, je fonds. C’est dégueulasse. C’est injuste. La faux, même en papier luit toujours sinistre. Et puis je ferme le bouquin, j’éteints la console. Fin de la tragédie, on fait pizza ce soir ?

C’est rarissime lorsqu’ils me poursuivent au-delà de leur territoire, les vivants sans entrailles. Mais ça arrive.

Genre en ce moment.

Je joue à Pandora’s Tower. C’est sur Wii, la console des 7 et des 77 ans. Entre les deux, il y a quelques productions étonnantes. Celle-là donc. Dans laquelle j’avance lentement Très lentement. Pas par manque de temps. Pas seulement.

Mais surtout parce que quand je ne joue pas, il ne peut rien arriver à Elena.

Elena est maudite. Petit à petit, sous sa peau, quelque chose la dévore, la change. Vieux fantasme japonais, mais pas mal universel aussi, de notre propre chair qui se retourne contre nous. Son corps se déforme c’est de moins en moins elle. Sauf qu’il y a un espoir, dit la vieille un peu sorcière. Ici elle s’appelle Mavda. Et au chevalier servant d’Elena, Aeron qu’il s’appelle, elle vocifère que le temps presse. Qu’il doit explorer les tours mystérieuses que l’on voit, tout là-bas, et en rapporter de la viande, directement prélevée sur les monstres qui y vivent. Il n’y a qu’en la dévorant qu’Elena redeviendra elle-même. Tout doucement. Écoeurement devant les scènes où la jeune fille ingurgite la bidoche, le voyeurisme ne nous est pas épargné. Malgré tout ce n’est pas le plus important.

Le plus important c’est que Pandora’s Tower résume mieux que n’importe quel Anabac, le concept d’amour courtois. Tandis qu’Aeron, le presque muet, parcourt des donjons le temps file on le sait, on nous le montre. Il faut revenir vite, souvent, pour ralentir l’irréversible transformation. Le moindre geste, la moindre botte un peu habile lui est dédiée. On ne perdra pas de temps. Vite très vite, cette chaîne – symbole lourdaud de ce qui lit les amoureux – se fait grappin, lasso, corde d’équilibriste pour filer à travers pièges et précipices. Ce n’est pas encore ce soir qu’Elena se muera en abomination.

Elena qui réside un peu à l’écart des tours. Qui, comme toute princesse gnangnan avec un nom en -a, attend, chante, passe le balai et prie pour son preux. On s’en fout, à la limite qu’elle soit gnangnan. Elle en bave, merde, et c’est avec le sourire qu’à travers le personnage, on lui tend une plante histoire de meubler son terne environnement, que l’on s’adresse à elle ou qu’on monte sur un anneau cette jolie pierre qu’on a trouvé dans un coin.

Ce tas de pixels très loin des oeuvres aériennes qu’on réalise aujourd’hui se retrouve notre principale préoccupation. A tel point qu’on remarque à peine que les majestueuses créatures occises par Aeron ne sont, lorsqu’on les rencontre, pas encore agressives. Peu importe, les sauts au-dessus des abîmes, les labyrinthes et la violence, le salut de la princesse est à ce prix. Même si c’est toujours le coeur brisé qu’on la voit se forcer à ingérer la chair morte.

Pandora’s Tower est un de ces trop rares jeux importants. Parce qu’il n’a pas honte de son statut, parce qu’il joue sur ses spécificités – la mise en scène du passage du temps, l’interactivité limité, le système de sanctions et récompenses du joueur – pour faire évoluer sa narration. Parce qu’on est enfin un chevalier servant et qu’il n’y a pas idéal plus élevé que ça.

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