Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle

Messieurs,

C’est bon ? Vous tenez le coup ? Non franchement, je m’inquiète. Lorsque je vous aperçois à la télévision ou à la une des kiosques, le cheveu terne, les mains tremblantes, des boutiques de valises sous les yeux. Quand je comptabilise les lazzis que vous subissez jour après jour, par discours et presse interposés. Toutes les fois où j’entends le boucher, la boulangère ou Mme Pouy baver sur vos choix de cravates et de compagne. Et encore, je ne me suis pas penché sur les kilomètres que vous avalez, les kilos de fromage fermier que vous vous devez d’engloutir lors des visites au marché de Bourg-les-Estivantes (charmante petite station balnéaire). Vos bilans médicaux doivent affoler des collèges de toubib. Et malgré tout vous continuez. À haranguer les foules, à lancer vos dernières forces dans la bataille.

Vous savez quoi ? Je me demande souvent si tout cela en vaut bien la peine.

Non, ne haussez pas les épaules. Soufflez donc entre deux plateaux télé et posez-vous la question. Finalement, qu’allez-vous donc retirer de toute cette mascarade ?
Votre but c’est entendu, est d’accéder au poste de Président de la République. Peut-être parce que vos relations de travail vous ont mis dans la tête que vous étiez l’homme de la situation. Ou que, après cinq ans passés à exercer la fonction, vous vous dites que, de toutes façons, vous n’êtes bon à rien d’autre. Allons ! Relevez la tête ! Savez-vous ce que cela signifie ?

D’abord, imaginons que vous poursuiviez cette course délirante pour le prestige. Illusion ! Les dernières années nous ont montrées à quel point ce boulot est surfait. Essayez de vous mettre à la hauteur, voiture de circonstance et montre de prix au poignet, et vous vous attirerez la rancoeur des moins bien lotis que vous, tandis que vos copains, ceux qui ont vraiment réussi, vous regarderont avec le sourire de la condescendance. Vous pensez que c’est avec votre petit salaire et votre logement de fonction has been que vous allez les impressionner ? Allons… D’autant plus que vous, vous ne pourrez même pas vous offrir le moindre petit caprice, la plus petite excentricité sans qu’un journaleux ne vienne vous l’agiter sous le nez.

Ou peut-etre vous sous-estimé-je. Vous avez le désir, vrai et profond, de créer pour la France un avenir nouveau. De tracer pour elle le chemin de la prospérité et du progrès. Mais enfin, messieurs, la naïveté a ses limites. Comment voulez-vous arriver à quoi que ce soit avec ce régime de nounouilles qu’est la démocratie ? Au meilleur des cas vous avez le Parlement de votre côté, vos idées auront donc une chance d’aboutir après des mois de tergiversations, au pire vous devrez cohabiter avec un ahuri dont la seule vision vous donnera des ulcères et qui, gonflé de sa propre importance, ne cessera de remettre en cause le moindre vos projets.

Il existe une dernière possibilité, la plus crédible au vu des circonstances. Cette fonction n’est que le marchepied de votre plan machiavélique destiné à conquérir le monde. L’ampleur de la tâche vous a un peu flanqué la trouille et vous avez décidé de commencer par un pays pépère. Grave erreur. Un futur seigneur noir de la planète doit voir grand. Laissez tomber la voix des urnes et lancez-vous dans quelque chose d’un peu sérieux. Sabotez les chaînes de production de jouets pour faire des dernières poupées à la mode, votre garde personnelle de robots tueurs. Réquisitionnez les usines françaises et lancez la construction d’une vaste station spatiale dotée d’un Rayon de la Mort. Au passage ces syndicalistes ronchons fermeront leur gueule, le travail nécessaire à ce projet mobilisant pas mal d’ouvriers. Dans tous les cas, l’élection présidentielle, ça fait petit bras. Voyez grand !

Et puis pensez à ce que ce ridicule marathon vous fait manquer. Les huit challengers défaits, heureux qu’ils sont, vont pouvoir retourner vers des activités autrement plus passionnantes que la rédaction de tracts qui étoufferont les usines de recyclage sans même avoir été lus. Eux ne manqueront pas les avant-premières cannoises – franchement il y a du beau monde – ou la fin des aventures des donzelles de Wisteria Lane.
Et votre famille ? A-t-elle méritée cela ? Pensez à la dévotion de vos épouses, pâlissant lorsque la batterie de leur Iphone lâche en plein milieu d’un meeting, et qu’elles n’auront d’autre passe-temps que de compter la moyenne de vos erreurs de français par discours (46). Je ne parle pas de vos enfants qui grandiront sans vous, voir même, qui captureront leur premier Pokemon sans que vous soyiez là pour les féliciter. Et un enfant qui capture un Pokemon tout seul, c’est triste.

Il vous reste encore quelques jours. Quelques jours pour renoncer à ce boulot glauque et, en valeur relative, affreusement mal payé. Ce boulot qui ne vous apportera que tracas et calvitie, pour lequel vous ne serez jamais reconnu à votre juste valeur. Vous valez tellement, tellement mieux. Vous méritez plus que baby-sitter de soixante millions d’hargneux.

Respectueusement.

Un électeur.

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