Cher Matt – Captifs

Cher Matt,

broken tardis

Dans la vie quotidienne, tu es comédien. Tu interprètes quelqu’un dont le monde aurait exactement besoin aujourd’hui. Le genre que tu regardes et tu te dis que le meilleur est possible. Il n’existe pas, évidemment. Parce que, en vrai, ce qui existe, c’est tout le contraire.

Depuis plusieurs mois, le pire de l’humain tient les médias en otage. Et donc chacun de nous, un peu.

Il est Norvégien, s’initialise A.B. Il a commis un crime atroce, une tuerie barbare, sans nom. La justice des hommes fait ce qu’elle peut, elle l’a interpelée, arrêtée, et là elle le juge. Mais il y a un truc sur lequel elle échoue, un angle mort si tu veux : elle ne parvient pas à lui enlever le plus important, elle ne parvient pas à lui retirer la parole. Et A.B l’a compris. Que nous avons changé.

Avant on foutait les criminel « au secret ». On cachait la blessure, on la laissait s’infecter en serrant les dens. Maintenant on laisse respirer, on expose. On espère, on n’est pas vraiment sûr, que ce sera plus sain. Je ne sais pas, Matt, tu trouves ça plus sain ? Je n’ai pas la réponse, et je pense que personne ne l’a. Surtout pas A.B. Alors A.B sort les armes. Il parle, il parle, il parle. Il ouvre la bouche sur des germes, des miasmes et des virus. T’as vu leurs gueules, à ses saloperies ? Elles sont grotesques. Que ce soit sur l’intégrisme, les jeux vidéo, les droits de l’homme ou la légitime défense. Juché sur sa tribune de corps mutilés, il éructe sa haine, celle qui ne résonne habituellement qu’entre les murs d’une cellule bien close. Et son chapelet dégueulasse est relayé partout, Matt, transcrit dans des langues qui doivent rougir devant l’affront.

Il n’a rien à faire, rien à réfléchir. Juste laisser libre cours au plus choquant, au plus abominable, pour disséminer ses métastases. C’est infect comme c’est facile. Comme le Mal est télégénique. Même refuser, se fermer en bloc, c’est impossible, parce qu’alors négation de l’évidence, imprudence, irresponsabilité même. Écouter A.B et ses immondices pour que « jamais ça ne se reproduise », pour « se rendre compte ». Pour « comprendre ».

A ton avis, Matt, il y a quoi à comprendre, à part que le pire est toujours sûr ?

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