Vésuve

Je suis parti pour l’Italie. Je ne suis pas allé en Italie. Ca m’emmerde.
Du coup la réalité va prendre cher.

Vésuve.

Voyage, troisième jour. On décide de montrer le Mal à nos élèves. C’est au programme, mais jamais étudié. Le Bien prend trop de place. Foutez du Bien n’importe où, les artistes, écrivains et mathématiciens deviennent complètement gagas et dissertent à n’en plus finir. Le Mal, ça serre les cordes vocales. Du coup, autant profiter d’un voyage scolaire. Pour l’occasion, on affrète le bus le plus pourri de l’univers. Les essieux prient pour une mort rapide, il n’aura pas peur de l’ascension. Les gamins s’entassent dedans avec le rire de la trouille.
Une fois à l’intérieur, je tends la main et j’attrape le cornet du téléphone en cuivre qui hoquète. On me demande si je suis bien sûr de ce que nous faisons, je réponds non et je raccroche. Les chauffeurs enfilent leur lunettes de conduite et actionnent la manivelle. Ca pue l’essence et aussi un peu le souffre, le machin délirant s’ébroue et se lance dans la montée.

Les appareils photos crépitent. Dans les 010000111100101101 se fixent les premiers arbres de la montagne. Tordus. Au sommet, il y a comme quelque chose qui tire sur les cimes. Leurs feuilles bruissent en messages codés. Toujours les mêmes avertissements. Qu’humains, nous ignorons. Et pendant que lace le sentier, les premières statues se profilent. Le mégaphone braille son commentaire touristique. Explique la malédiction qui figea les habitants. Barra leur visage en menace pour les prochains visiteurs. Le silence tombe lentement sur les cinq fois dix collégiens. Pour beaucoup c’est la première fois qu’ils se trouvent face à une telle hostilité. Que la nature refuse de se plier et leur montre sa dégueulasse tronche de Méduse. Devant nous, les arbres se font plus denses, ils représentent la dernière muraille entre le monde et le Mal. Je m’en veux presque de les ignorer. Du coup même le bus en a les chocottes et laisse tomber son pot d’échappement à grand bruit. Du coup on s’arrête. Les chauffeurs parlent dans leurs mots de chauffeurs, tout en consonnes, on comprend qu’il faut continuer à pied. De toutes façons on n’est plus très loin. Je demande aux élèves de compter.

Ils avaient raison les chauffeurs. Après dix-sept pas seulement on y arrive. Le cratère qui a bouffé deux villes d’humains, trop humains. Qui a préservé l’Art, en sale blague. On regarde au fond. Dans le chaudron.

Le Mal dort, mais que d’un oeil. Le fond ne l’est pas vraiment. Ca tourne, lentement, trop lentement. Du rouge, des cris, du violet, des hoquets, du noir, des soupirs. C’est en fusion, c’est un vortex. Ca hypnotise. A un moment même, je retiens un chiard par la manche. Il se penche trop, je lui crie dessus, il veut perdre ses pouvoirs magiques ? On ne sait jamais, dès fois on en a des pouvoirs magiques, et si je le ramène à ses parents sans les siens, bonjour l’engueulade. Alors lentement il se redresse et il regarde le Mal droit dans les yeux.

Et après, il sort son carnet de voyage pour y griffonner deux mots.

Les pieds dans le vide, les fesses sur le rebord, je me pose les mêmes questions que tous ceux qui ont visité le Mal. Peut-être les mêmes questions que ceux qui, une fois par siècle, plonge pour le vaincre une fois pour toute et n’en ressortent jamais. Ensuite, les gens d’ici racontent, on entent le volcan rire des semaines durant. Et après c’est l’automne.

Les chauffeurs nous appellent de l’abri des frondaisons. Par terre il y avait une trompette abandonnée, avec un peu d’imagination, c’était facile de remplacer le pot d’échappement. Donc il faut partir. C’est l’heure.

En plus, du Vésuve, il n’y avait rien d’autre à dire.

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