La triste histoire du petit coin de l’ascenseur

En ce beau jour où je viens de passer plus d’une moitié de tour de globe dans cet Eden qu’est le collège Crimea, je vais pourtant prendre mon courage et mon clavier à deux mains pour te narrer l’une de ces petites anecdotes qui te font retrouver foi en l’espèce humaine et en particulier en ces bourgeons (et que pour bourgeonner, ils bourgeonnent), que sont les élèves.

Avant tout, il me faut te représenter les lieux du drame.

(Oui, j’ai longtemps hésité entre les beaux-arts et la littérature)

Le lieu du drame est donc un petit recoin qui, comme tous les petits recoins dans un bahut, est le refuge privilégié de tout un tas d’ados avachis qui refusent cette saine distraction qu’est la récréation parce que « il fait chaud, il fait froid, j’ai mal à la tête, j’ai la flemme, j’ai pipi, j’ai perdu ma trousse »… et j’en passe. Notre rôle en tant qu’enseignants étant de réfuter d’un rire moqueur (qui n’exclue pas la distinction) ce genre d’excuses et d’exposer au grand air ces limaces boutonneuses.

J’ai donc fait une habitude de jeter un coup d’oeil dans ce petit sanctuaire à chaque récréation.
Aujourd’hui, fidèle à mon habitude, je fais mon petit tour et là…

« Monsieeeeeeeeeeeur ! »

Hurlement suraigu, à mi-chemin entre la souris effrayée et les attaques vocales de Justin Bieber. Devant moi, deux gamines.

Dont l’une d’elle en culotte et collants, une mini-jupe sur les genoux. Le temps que j’éteigne l’incendie provoqué dans mon cortex par cette violation simultanée de la moitié des règlementations du collège, de la décence et du bon goût en général, la copine de la strip-teaseuse se tourne vers moi, indignée :

« Non mais ça va pas ? Elle se CHANGE ! »

Je suis parvenu à changer mon ahurissement en colère et ait indiqué de ma voix la plus grondante (celle qui se mesure sur l’échelle de Richter) qu’elles disposaient de douze secondes pour disparaître, cul habillé ou pas.

Je ne sais pas si c’est la goutte d’eau qui fait déborder la fosse des mariannes, mais j’ai actuellement beaucoup de mal à passer du rouge furibard à mon splendide teint crayeux habituel. Le collège en est arrivé là. L’endroit où tu peux te dessaper tranquille Émile, en pleine récré.

Le mot compliqué du jour est sanctuarisation. Je crois qu’il est urgent de le refoutre au dictionnaire et de le réappliquer au collège. Parce qu’au delà de la colère, je crois que c’est la peur qui domine. ‘tain les chieuses. Faites gaffe quoi… Avec ces conneries, le collège, le système, l’État, ne pourra plus assurer, tout simplement, votre sécurité… Je précise que ce jour-là, je remets dans une jolie enveloppe cachetée à la cire rouge, ma lettre de démission.

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