C’est l’printemps ma brave dame !

En cette fin de mars, le printemps s’est montré d’une rare ponctualité, le soleil apparaissant radieux, tel feu Mère Theresa dans un bidonville. Je suis donc sorti d’un pas sautillant de mon chez moi, avant de ralentir devant le regard désapprobateur de mes voisins.

Car vois-tu, lecteur mon amour, j’ai une relation assez circonspecte au printemps. D’un côté je suis très petits oiseaux, petites fleurs, feuilles sur les arbres et faunes qui coursent des nymphes dénudées. Hélas, le coin dans lequel j’habite est plus branché néo-béton que paradis des sylphides. Et puis surtout, au cas où vous ne l’auriez pas encore déduit car ça n’est pas évident : je suis prof.

Et le printemps, pour le prof, le prof de collège notamment, c’est la saison de tous les dangers.

Tout d’abord car, comme ne manquait jamais de le faire remarquer le vénérable Doc en son temps lorsqu’il parlait des ados sur une radio grave rebelle « Ton corps change ». (quelqu’un aurait-il vu mon déambulateur ?)
Et pour changer il change.
Pour tous les sceptiques, je les invite à assister à une heure de cours dans une classe ensoleillée et dont les fenêtres sont fermées, du fait du barouf fait par les élèves qui glandent dans la cours. Sois tes fosses nasales comprennent vite et se bouchent hermétiquement, sois tu décèdes dans d’atroce souffrances et une flaque de vomi. Prix spécial du jury décerné à Oz, qui réussit l’exploit d’empuantir ma salle en huit minutes montre en main à telle enseigne que Ravness m’a supplié avec des yeux genre héroïne de manga et un teint style chlorophylle de la changer de place. D’un autre côté je me dis que ça constitue un chouette entraînement pour les prochaines manifs. Si ça tourne mal, les CRS risquent de se demander qui sont ces mutants qui se gaussent des gaz lacrymogènes qu’on leur balance.

Corps qui change donc, et hormones qui dansent, que Pina Bausch s’en serait sentie minable. Et là, bien sûr, nous en arrivons au problème tellement rigolo des tenues appropriées ou pas. Oui, car chez l’ado, tu as deux positions vestimentaires. Froid (combo bonnet-écharpe-doudoune qu’on n’enlève que sous menace de mort) et chaud. Chaud pour les garçons, consiste en T-shirt et débardeurs qu’on considérerait comme un peu suggestifs à la Gay Pride, et pantalons, qui continuent leur inexorable descente vers les genoux. Actuellement, on les porte de façon à voir les deux tiers du caleçon. Au début ça me faisait rigoler, jusqu’à ce que je réalise que les caleçons en question, sont portés jusqu’à trois ou quatre jours d’affilés par certains gnards, ce qui, du coup, explique beaucoup de choses concernant l’odeur.
Pour les filles, ça consiste en tout un tas de bouts de tissus, courts au possible, qu’elles continuent à qualifier de jupe avec la plus insigne mauvaise foi.

Alors oui, nous sommes des talibans. Oui, comme me l’a gentiment signaler une maman d’élève au téléphone, c’est au garçon de respecter sa fille, et pas à sa fille d’avoir à s’habiller suivant les humeurs des garçons. (Au passage, cette charmante femme a aussi mentionné que j’étais censé instruire sa fille et pas l’éduquer. La même qui, il y a deux semaines, m’a demandé comment expliquer à la gamine que castagner une camarade n’était pas le meilleur moyen de résoudre un conflit).

Mais tout de même.

Tout de même il me semble que le collège est aussi un lieu qui, dans une certaine mesure, initie les mômes à la différence entre vie privée / vie professionnelle et que NON, porter un bout de tissu rose en faux satin de de six centimètres de longueur ne sera pas forcément admis quand Catiua aura rempli son rêve de devenir « secrétaire dans les chevaux » (je sais… cherchez pas).
Du coup, la cheffe du bahut a convoqué quelques petits groupes d’élèves (filles comme garçons) pour leur expliquer qu’il faudrait voir à pas déconner et que, je citer porter ce genre de fringues « leur donne mauvais genre ».
Et là, l’une des gamines lève des yeux bovins sur l’adulte et lui sort « Hein ? Il a quoi mon vagin ? »

Ouais. Je sais. Dit comme ça c’est marrant. Mais berdel de morde, quoi ! Où en est-on arrivé, au collège Crimea comme ailleurs, pour que des ados s’imaginent que leur principale va, tranquille Emile, leur parler de vagin en plein milieu d’un sermon sur la discipline ? Parce que le printemps, c’est ça aussi… Le printemps, c’est ça aussi… Le collège « c’est bon monsieur, ça fait six mois qu’on y est, c’est bon là ! On va pas bosser jusqu’en juin, là, non plus ! » Je n’ose imaginer les vies professionnelles de rêve que s’échaffaudent certains de nos chiards.

Le manque de concentration en cours devient flagrant, ça se lit de plus en plus dans les copies. Les fous-rires compensent le désarroi, c’est toujours ça de gagné.

Exemple :

« A quel mot le titre du poème de Prévert « Barbara » peut-il faire penser, en regard des thèmes qu’il arborde ? »

« Barbara me fait penser à Babar. » (vision mentale insupportable de Babar pilonnant Brest à bord d’un avion de la Luftwaffe)

« Barbara me fait penser à Abracadabra, peut-être était-elle la femme d’un magicien. » (adeptes de la tetrapilosectomie bonjour !)

« Barbara me fait penser à Barbapapa. » (Voici venir Barbara ! Elle se transforme à volonté  !)


Exemple 2 :

« Rédaction : Dans la nouvelle que nous avons lu, Inconnu à cette adresse, l’un des personnages vante les mérites du régime d’Hitler en 1933. Rédige une lettre en réponse dans laquelle son ami essaye de le convaincre de renoncer à ces idées. »

« Cher Martin, arrête de croire en Hitler, ou je viendrai te tuer. » (Trois semaines passées sur l’argumentation quand même…)

« Cher Martin, si tu abandonnes le parti nazi, je te donnerai tout l’argent que tu veux, après tout je suis juif. » (gloooooooups)

« Cher Martin, viens avec moi, il y a plus important que la guerre en Europe, j’ai la certitude que des extra-terrestres veulent envahir la terre. » (Mulder, tu m’aurais menti sur ton âge ?)

Tout un trimestre de joie, de culture et de discipline… J’envisage actuellement de remplacer mes Chocapic du matin par de l’euphytose…

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