Effet de masse

Aujourd’hui on va faire combo. Aujourd’hui je fusionne les trois aspects de ma personnalité, à savoir le geek, le prof et le vieux con (le séducteur suave étant tombé dans une fosse à purin il y a fort longtemps n’est donc pas disponible pour l’instant.) Vous êtes donc tous conviés à rester, même si vous ne comprenez pas tout, ça peut vous faire rire ou au moins vous occuper jusqu’à la pause salade-en-sachet en tête-à-tête avec le bilan annuel de la comptabilité.

Il n’aura pas échappé aux plus geeks d’entre vous que j’ai commencé récemment le cycle de jeux vidéo Mass EffectMass Effect c’est une grande aventure de space opera, un Star Wars qui sent un peu plus le sang, la sueur et les pieds. Mass Effect comporte trois volets, je suis au début du troisième. Je suis le commandant Shepard, je suis en train de sauver la galaxie, avec ma valeureuse équipe de soldats, d’aliens sexy et d’Intelligences Artificielles sarcastiques. Je suis un héros et c’est trop bien. Mais ce que je viens de lire m’a un peu tire-bouchonné les nerfs.
Pour ceux qui ont la flemme de cliquer où qui on perdu leurs doigts à la belote, il semblerait que la conclusion des jeux suscités (j’adore employer ce genre de mots, ça ajoute un peu de graveleux à des propos autrement bien chastes) ait déplu aux joueurs. Les scénaristes de Mass Effect ont donc été insultés à longueur de forums, des popos de chiens ont été déposés sur leurs paillassons et la production de poupées vaudoues locale a exposé. Mais attention, accroche-toi donc à la peinture, j’enlève le pinceau, voilà-t-y donc pas qu’un boutonneux quelconque a intenté une action en justice en arguant que les trois fins possibles ne correspondaient pas à ce qu’on était en droit d’attendre au vu des bandes-annonces. Et donc il exige la création d’autres fins que l’on pourrait télécharger par la suite.

Non mais sans déconner.

Si vous voulez savoir, ça me fait bondir avec résignation (je sais, comme ça, à froid, c’est un peu dur à se représenter). Je précise que je n’ai aucune idée des fins incriminés, mais que je m’en cogne avec une force qui ferait sangloter un joueur de gong zen. Même si ça se termine par l’intervention divine du spaghetti volant monstrueux, il ne me viendrait pas le début de la queue de l’idée d’aller m’en plaindre où que ce soit.
Ou alors on pousse le délire à son paroxysme et on pète un scandale auprès des ayants droits de Marcel Proust pour qu’ils modifient la fin quand même super minable du Temps retrouvé. Après ces milliers de pages, on pouvait espérer un truc qui claque : le coming-out de Marcel, la résurrection de la grand-mère où la destitution publique de la Verdurin sous les vivats de la foule.

Ah, on me glisse à l’oreillette que ça n’est pas pareil. Que parce que les joueurs ont fournis des « efforts » pour finir leur jeu, ils méritent une récompense.

Mérite, le mot est lâché.

Dans mon collège, un mérite est l’équivalent de nos anciens bons points. Un élève faisant preuve d’une attitude positive ou d’une amélioration significative des résultats y a le droit. Mérite étant souvent synonyme de fric ou nouvelles fringues de la part des parents. En gros le prof signe un bon pour un cadeau. Du coup, il faut les voir, les gamins, tentant péniblement, pendant une heure, de garder un semblant de contenance avant de se précipiter vers le profs en beuglant « M’sieeeeeur j’peux avoir un mériiiiiite ? » Que si l’on a l’outrecuidance de refuser, le pseudo-élève modèle redevient l’adolescent hargneux qui vous fait part de son désaccord à grand coup de « putain » et autre « sa mère la pute ».
Le mérite. Ce qui nous est dû.

Cette histoire de jeu vidéo relève du même tonneau. Plus personne n’accepte la contrariété, dès lors que l’on s’est investi un minimum dans une activité. Hors de question que les choses ne tournent pas à notre avantage, la frustration est devenue l’ennemie publique numéro 1. A tout les coups l’on gagne, 100% des gagnants ont tenté leur chance. Du coup tout devient servile. Les écrivains servent de belles histoires en espérant qu’elles ne froissent pas trop le lecteur, petite chose sensible. Le cinéma regorge de bandes-annonces qui vous vendent la totalité du film, comme ça on ne sera pas déçu. Et les profs tremblent à l’idée que leurs chères têtes blondes puissent ne pas apprécier leur cours, trop compliqué, trop long, trop ennuyeux. Sartre et Duras doivent bien rigoler, Moderato Cantabile risquerait l’autodafé de nos jours.

Je vais continuer à prêter mes quelques neurones au Commandant Shepard, à sauver la galaxie et à draguer des psychopathes psychiques tatouées. Je grincerai des dents dans les passages pénibles, sauterait d’indignation, sûrement, devant une conclusion bâclée. Mais merde. L’histoire, dût-elle se casser la gueule est seul maître à bord. Frustration, de temps en temps, je déteste pas écrire ton nom.

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