Départ

Et, peut-être, tu tombes.

Si ça se trouve c’est vrai. Que tu plonges vers le lac d’acide. Et qu’un à un, les souvenirs se délitent comme la poussière du désert de midi. Que, un à un, les traits vont s’effacer de la page blanche, déjà dissoute. Le monde t’a perdu, il en perd des millions. Quelle erreur.

Mais permets que j’invente.

Que j’invente ton rire. Un départ. Quelle trivialité, pour toi, le passeur. Celui qui ne dessinait pas à sa table mais sous nos paupières. La caravane d’artistes crasseux et rigolards, les larges cités qui lévitent au-dessus du Cristal Majeur… Qu’importe si une sotte planète à rotation idiote s’est retrouvée lassée de ta présence. Tu as pour toi les vastes plaines de l’homme rouge et les murmures angoissants de la grande cité-techno.
Toi qui dessine non seulement les images, mais aussi les sons, les cris rauques des mouettes de béton, la voix claire de la jolie institutrice au fusil.

Ne me dis pas que tu n’es pas élu.

Que peut-être, tu tombes. Mais qu’au dernier moment, il y aura les doigts de Tanatha autour de tes phalanges, que dans un grand rire aviné, Mac Clure fera voler en éclat ce qui fait mal. Il ne faudra qu’un frôlement pour qu‘Aurélys, encore une fois, ouvre le passage. Peut-être, juste peut-être que mon adolescence constituera l’une des parcelles que tu arpenteras, chemise ouverte, aux côtés d’un lieutenant un peu macho.

Bonne retraite, Monsieur Jean Giraud. Bon voyage Moebius.

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