Allo, maman, bobo

J’avais deux possibilités, en cette presque fin de vacances : vous proposer un trip régressif ou un énième chouinage. Ben vu la qualité des Victoires de la Musique de ce soir, ce sera chouinage (celui qui trouve le rapport est prié de se manifester au plus vite).

J’émets en permanence une demande, une seule, à l’égard de mes élèves et de la classe politique : être précis dans leur langage. Autant vous dire que jusque là, cette demande a été copieusement ignorée. Non par rigidité d’esprit ou par snobisme. Mais j’aime énormément les mots. Et à force d’être employés l’un pour l’autre, l’autre pour un, à travers et à tort, les lettres collent, les termes s’agglutinent et ça fait purée. Genre sans lait. Qui reste sur l’estomac.

Alors je ne vais pas jouer les chevaliers blancs et me lancer dans la reconquête du discours, ce blog étant avant tout endroit de superficialité et de gaudriole, youpi youpi. Je me contenterai d’un mot. Et d’une syllabe.

Bobo.

Bobo. Bourgeois-bohème. Les plutôt biens pourvus matériellement, qui en profitent sans oser le dire. Ce mot qu’on se prend sur le coin de la gueule dès qu’on fait un pas dans une ville ou dans un journal.

Malgré son jeune âge, je l’aime bien ce mot.

J’aime ce mot lorsque, les yeux grands ouverts, je découvre les délires subventionnés d’artistes improbables, spectacles abscons, sculptures pop. J’oublie le goût douteux ou le fric englouti dedans. Ça me rassure de voir des envies de gamins concrétisées. J’ai le superficiel dans le sang, le voir me fait me sentir moins seul. Bobo sûrement.

J’aime ce mot quand je me prends pour un paladin de niveau 11 en constatant sur mon compte en banque le petit – 20 euros viré sur le compte d’une association humanitaire. Sauver le monde à portée de clic, c’est écoeurant comme c’est facile. Facilité de bobo.

J’aime ce mot quand je ris des plaisanteries de créatures nocturnes dans une fête ahurissante, que je refais le monde au champagne, que même dès fois j’en oublie l’indécence. Obscénité de bobo.

J’aime surtout ce mot dans la voix de mon père. Celle qui me tire un peu par la cheville. Hé, reste sur terre un peu. Le monde, ton monde, c’est ça mais pas que, t’as presque trente ans mais je te le rappellerai toujours.

Mais, bobo, c’est aussi un claquement. L’ignorance a une arme, c’est un fouet. Et quand il s’abat, ça fait mal, ça fait bobo. Quand l’ignorance ne comprend pas pourquoi on se met à rire devant une bouteille de coca géante avec un canard en plastique jaune dedans, elle vous balancera un bobo à la gueule.
Quand vous sifflotez une chanson que vous avez apprise sur console de jeux vidéos, l’ignorance siffle.
Quand vous posez des mots sur un écran, les joues en feu, en cherchant le rythme, en alignant la clé du son avec sa serrure, l’ignorance, encore, lapide.

Bobo est devenu ce que je hais par-dessus tout. Le principe d’exclusion. « Tu te crois donc si supérieur pour oser aimer ce que je ne comprends pas ? » « Ose aimer ça, ose y prendre du plaisir et tu déchoirais. Deux lettres, c’est encore trop bon pour toi. Bobo va. » Bobo, c’est l’insulte du faux bon sens, celui qui ne se connaît que les valeurs d’un concret dans ce qu’il a de plus triste. Bobo c’est le cri de la frustration qui se complaît. Qui ne veut ni comprendre ni entendre.

Bobo c’est souvent un déchet. Une insulte de campagne électorale.

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