Cher Matt – la vie, la mort et le reste

Cher Matt,

Je ne sais pas si tu es au courant, mais la mort est une pute.

Je te laisse te remettre du cliché de huit tonnes que tu t’es pris sur le pied et je poursuis. La mort c’est une pute donc. Tout le monde a eu une relation avec elle – tarifée ou pas – mais personne n’a envie de partager son expérience. Suite à cette constatation tu sens que je m’apprête à faire une connerie mais tu ne peux m’en empêcher, Matt, si ça se trouve tu es en plein tournage, suspendu par des câbles entre un fond vert et un alien en plastique. Du coup ça t’expose à tout un tas de désagrément, comme celui d’être mon confident.

Donc Matt, sache que je viens de perdre un record. Pendant vingt-neuf ans et quelques mois, la mort et moi on ne s’est jamais engueulés.

Non pas que je n’ai jamais eu à m’en préoccuper. Mais elle a toujours frappé régulièrement, ou loin, ou très âgé ou oublié. Matt avoir mauvaise mémoire, ça aide à ne pas en vouloir à la faux. Les visages étaient plus dilués que cette image d’un album pour enfants, « Le filleul de la mort » ou un truc du genre, où elle apparaissait en boa et fume-cigarette. Classe quoi. La mort abattait sa griffe en pendule. Juste histoire de me rappeller sa présence. La tristesse. Le souvenir.

Là elle a déconné. Je lui en veux. Du coup entre elle et moi c’est pour toujours fini. Lui balancer le mot justice, c’est déchoir à ses orbites. Tant pis. Elle n’avait qu’à pas déconner. A faire le mal, comme gratuitement.

Matt je pense que je n’ai pas trop, plus trop peur. Pas au point, comme lorsque j’avais dans les six ans, de me mettre à hurler de terreur à tel point que mes parents sont accourus pour me voir assis devant ma petite table, en larmes. J’avais bredouillé que j’avais peur de mourir. Si j’avais eu le vocabulaire, je leur aurais dit que j’avais peur qu’il n’y ait un jour rien plutôt que quelque chose à la place de ce que j’appelle moi. Mes parents ont fait un truc magique de parents dont je ne me rappelle plus, mais après je n’ai plus jamais eu peur.

Non, ce qui me débecte, Matt, c’est que la mort fait de nous des négociants. A accepter les compromissions – meurtre d’autrui ou traitements atroces, à chacun sa devise – pour l’éviter. La supplier de repasser un jour, une heure plus tard. A combien on l’estime, ce temps supplémentaire ?

J’y pense et je ne devrais pas. Ça n’a aucune utilité et puis tu dois en avoir marre, de te balancer au bout de ton câble. Alors je vais couper. Et continuer à écrire, lire, bouger, faire du bruit. C’est vain.

Mais alors il y a quelque chose plutôt que rien. La magie, les runes de protection, elles sont là.

(et non je n’ai pas mis d’images, t’as un peu beaucoup d’exigences pour un ami imaginaire)

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