Lâche-toi

Ça ne rate jamais.

Souvent c’est quand la soirée s’avance. Que l’on commence à se sentir bien. Les couleurs dans les verres montent un peu à la tête. Un peu plus loin, semi-pénombre demi-lumière il y a des gens qui dansent en flammèches. Les corps ondulent, ploient, se rapprochent pour mieux s’éloigner. De loin, on voit mieux le mystère.

Il arrive de nulle part, angle mort du champ de vision.

« – Allez viens danser !
– Non c’est bon, je suis bien là.
– Attends, ça fait un quart d’heure que t’es là à nous regarder ! »

Un quart d’heure ? Le temps passe vite quand on effile de la beauté. Qu’on se dit qu’au milieu d’eux, on se heurterait un peu partout, les flammèches deviendraient des taches brouillonnes. Des pâtés. Que, de la têtes, les couleurs du verre redescendraient dans la gorge et le bide. Et puis il y aurait mes pieds qui piétineraient dans la poussière. Il y a des gens qui sont voués à la terre.

« – Je t’assure, ça va, ne t’occupe pas de moi !
– Oh allez, lâche-toi un peu ! »

Encore un. A vouloir que je me lâche. Il insiste. Ce soir encore je ne ferai pas d’esclandre. Mais c’est quoi son problème ? Il s’est fait marcher sur les pieds et veut que j’en fasse autant ? Il est incapable de rester assis s’en s’emmerder, ça l’insupporte que j’en sois capable ? Je le renvoie de mon plus beau sourire, il hausse les épaules. Apparemment je ne sais pas ce que je perds.

Une deux, trois heures peut-être. Tout le monde s’est rassemblé, rapproché. Qu’ils sont passionnants, ces visages marqués par la nuit avec leurs grands yeux sombres. Fumée sorcière. Ca sent entre les bouteilles plastiques de quand j’étais petit et le laboratoire d’un alchimiste. Il y a tout un tas d’images dans cette odeur, jamais deux fois les mêmes. Effluve de voyage dans des endroits mal famés, sans le moindre danger.
Et puis d’un coup, sous le nez, un truc pathétique. Un bout de carton calciné par un pyromane qui aurait un sérieux Parkinson. Gris asphalte, il n’y a rien de mieux pour ramener à la réalité. Je secoue la tête. On me regarde avec surprise. Un peu de condescendance aussi.

« – T’es sûr ?
– Oui, ça va impecc.
– T’es trop sage. Tu devrais te lâcher un peu. »

Quand est-ce que je me serai lâché ? Quand je serai en train de hurler de rire devant un rouleau de sopalin ? Quand je m’arrêterai en plein milieu d’une conversation sur qui est le plus fort entre Batman et Superman pour expliquer à la jolie fille qui se marrait que, désolé, je dois aller vomir ?

Lâche-toi. Mais surtout comme c’est écrit dans ce code que se trimballent invariablement deux trois marioles en soirée. Que je refuse et qui me ravale invariablement au rôle d’adolescent en pleine crise.

Je suis bien. Lâchez-moi.

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